Ce sujet fait partie de notre Guide complet de la succession en Suisse 2026, qui couvre les étapes après un décès : démarches, organismes, délais, fiscalité.
Vous venez de perdre un proche, et tout semble se précipiter alors que vous voudriez seulement souffler. En Suisse, le cadre est double : le droit successoral et les pensions AVS relèvent du fédéral, mais la fiscalité des successions, la certification d'héritier et l'organisation des obsèques se jouent au niveau cantonal. C'est ce qui peut donner l'impression que rien n'est jamais tout à fait simple.
Je vous propose un fil clair : les premières heures, puis les jours suivants, puis les semaines. Une chose après l'autre. Toutes les références s'appuient sur les sources officielles suisses (ch.ch, ahv-iv.ch, notaires.ch).
Les premières heures : faire constater le décès
Tout commence par un document : le certificat médical de décès, établi par un médecin. Tant que vous ne l'avez pas, aucune autre démarche ne peut avancer. C'est le point de départ, et rien d'autre n'est attendu de vous avant lui.
Si le décès survient à domicile, vous appelez le médecin traitant, un médecin de garde, ou les services d'urgence à défaut.
Si le décès survient à l'hôpital ou en EMS (établissement médico-social), l'établissement s'en occupe et prévient la famille. Le corps est conservé en chambre mortuaire, le temps que vous puissiez décider.
Si le décès est accidentel, sur la voie publique ou suspect, la police intervient. Une enquête peut suspendre un moment les démarches funéraires, c'est normal et vous n'y êtes pour rien.
Sans ce certificat, ni les pompes funèbres ni l'autorité cantonale d'état civil ne peuvent agir.
Les 24 à 72 heures : déclarer, organiser, prévenir
Annoncer le décès à l'office d'état civil
L'annonce se fait à l'office de l'état civil de la commune (ou de l'arrondissement) du lieu du décès, dans les délais fixés par chaque canton. L'office établit l'acte de décès, le document qui vous servira pour presque tout ce qui suit. Demandez-en plusieurs copies dès le départ, au moins une dizaine : vous vous épargnerez des allers-retours.
L'opérateur de pompes funèbres que vous mandatez peut prendre cette démarche en charge à votre place. Les modalités précises sont sur ch.ch.
Organiser les obsèques
Avant de signer quoi que ce soit, deux réflexes valent la peine.
Cherchez s'il existait un contrat obsèques. Beaucoup de personnes en Suisse ont souscrit une assurance obsèques ou un contrat de prévoyance funéraire, auprès d'une mutuelle, d'une banque ou d'un assureur. Les documents se trouvent souvent dans les papiers personnels du défunt, sur ses relevés bancaires, ou en interrogeant sa caisse-maladie complémentaire. Ce serait dommage de payer ce qui était déjà prévu.
Demandez plusieurs devis. D'un opérateur funéraire à l'autre, les écarts peuvent être importants en Suisse. Un bon devis détaille ligne par ligne les prestations obligatoires et celles qui restent optionnelles. Vous avez le droit de prendre le temps de comparer.
Prévenir l'employeur et l'entourage
L'employeur du défunt déclenche le solde de tout compte et transmet les informations à la caisse de pension professionnelle (LPP, 2ème pilier) et aux assurances sociales. Et si vous étiez vous-même salarié et proche du défunt, sachez que vous pouvez bénéficier d'un congé pour événement familial, selon les conventions et règlements internes de votre entreprise.
La première semaine : les organismes à prévenir
Une fois les obsèques organisées, plusieurs notifications s'enchaînent. Prenez-les dans l'ordre, sans chercher à tout boucler le même jour :
- La banque du défunt : les comptes individuels sont en principe bloqués dès qu'elle est informée du décès. Les comptes communs avec un conjoint peuvent suivre des règles propres à la banque et au canton. Voir déblocage compte bancaire après décès en Suisse.
- La caisse de compensation AVS pour la pension du défunt et l'éventuelle rente de veuve ou de veuf. Voir rente de veuve / veuf en Suisse.
- La caisse de pension (2ème pilier, LPP) de l'employeur du défunt : versement éventuel d'un capital décès ou d'une rente.
- La caisse-maladie du défunt : radiation et adaptations de la couverture.
- Les assurances : ménage, RC, véhicule, vie, prévoyance.
- Le bailleur ou la régie si le logement est en location.
- Les fournisseurs d'énergie, d'eau, de télécommunications.
- L'administration fiscale cantonale pour la déclaration de succession.
- Les abonnements récurrents.
Chaque organisme vous demandera l'acte de décès et, selon le cas, le certificat d'héritier délivré par l'autorité cantonale compétente.
Les semaines suivantes : l'ouverture de la succession
L'ouverture de la succession passe en principe par une autorité cantonale compétente (juge de paix, notaire, autorité de protection des adultes, selon les cantons), et par un notaire dans les situations plus complexes.
Le certificat d'héritier est délivré par l'autorité cantonale ou par le notaire. C'est lui qui vous permettra de débloquer les comptes, de vendre des biens, de faire valoir les droits successoraux.
La déclaration fiscale de succession, elle, dépend entièrement du canton. Les barèmes des droits de succession varient considérablement d'un canton à l'autre, et certaines transmissions, au conjoint marié comme aux descendants, sont exonérées dans plusieurs cantons. À vérifier auprès de l'administration fiscale cantonale du domicile du défunt.
Les règles précises sont disponibles sur notaires.ch et ch.ch.
Des situations particulières
Décès d'un bébé, mort périnatale, fausse couche tardive. Selon le seuil de gestation, un acte d'enfant sans vie peut être établi. Plusieurs associations, comme FA Suisse ou la Fondation cancer enfance, accompagnent les familles.
Décès d'un enfant mineur. Les démarches classiques s'appliquent. Le service social du canton et de l'hôpital orientent les parents.
Décès soudain, accidentel ou par suicide. Une enquête peut retarder la remise du corps. Et sur le plan humain, la ligne 143 La Main Tendue (24h/24, gratuit) écoute aussi les proches endeuillés. Vous appeler n'est pas un signe de faiblesse.
Décès à l'étranger. Le rapatriement et la transcription de l'acte sur les registres suisses passent par la représentation consulaire suisse. Les délais peuvent être longs, armez-vous de patience.
Décès d'un partenaire enregistré ou d'un concubin. En Suisse, le partenariat enregistré (qui existait avant le mariage pour tous de 2022) confère des droits proches du mariage. Le concubinage, lui, n'a en principe aucun effet successoral automatique. Le notaire vous dira exactement quels droits sont les vôtres.
Décès d'une personne isolée sans famille. La commune du lieu de décès assure les obsèques selon les règles cantonales si personne ne s'en charge. Le canton peut désigner une autorité (curateur, autorité de protection des adultes) pour gérer la succession.
Les délais à surveiller
Plutôt que de citer des chiffres qui évoluent, mieux vaut vérifier les délais exacts à la source :
- Annonce du décès : dans les délais fixés par le canton, généralement très courts
- Demande de rente de veuve / veuf à l'AVS : à introduire dès que possible, le versement peut être rétroactif dans certaines limites
- Déclaration fiscale de succession : délais fixés par chaque canton
- Acceptation, répudiation ou bénéfice d'inventaire de la succession : délais légaux fixés par le Code civil suisse
À vérifier sur ch.ch et auprès du notaire ou de l'autorité cantonale compétente.
Trois repères pour s'y retrouver
Si tout se brouille, gardez ces trois temps en tête :
- Les premières 72 heures servent à faire constater le décès, l'annoncer à l'état civil, organiser les obsèques
- La première semaine concerne les notifications aux organismes : banque, AVS, caisse de pension, caisse-maladie, assurances, bailleur
- Les semaines et mois suivants concernent la succession : certificat d'héritier, déclaration fiscale cantonale
Vous n'êtes pas obligé de tout faire seul, ni de tout faire vite. Une chose à la fois, et chaque information vérifiée à sa source.
Questions fréquentes
Combien de temps a-t-on pour annoncer un décès en Suisse
Très peu de temps. Les délais sont fixés par chaque canton et restent courts. Bonne nouvelle : l'opérateur de pompes funèbres prend souvent cette démarche en charge pour vous.
Le compte bancaire du défunt est-il automatiquement bloqué
Oui. Dès que la banque est informée du décès, les comptes individuels du défunt sont en principe bloqués jusqu'à présentation du certificat d'héritier. Les comptes joints suivent des règles propres à la banque et au canton. Voir déblocage compte bancaire après décès en Suisse.
Faut-il un notaire dans tous les cas
Cela dépend du canton et de la situation. Dans plusieurs cantons romands (Genève, Vaud, Valais, Neuchâtel, Fribourg, Jura), le notaire est l'interlocuteur central des successions. Ailleurs, ce sont les autorités judiciaires ou administratives qui interviennent. En présence d'un bien immobilier, d'un testament ou d'un patrimoine significatif, le passage par un notaire est en pratique incontournable.
La fiscalité des successions est-elle la même partout en Suisse
Non. Les droits de succession sont cantonaux, parfois communaux. Plusieurs cantons exonèrent totalement les transmissions au conjoint marié et aux descendants directs, d'autres les taxent. Les non-parents sont généralement taxés plus lourdement. À vérifier sur le site de l'administration fiscale cantonale.
Pour aller plus loin
- Acte de décès en Suisse : comment l'obtenir et combien de copies ?
- Déblocage du compte bancaire après décès en Suisse
- Rente de veuve ou de veuf en Suisse : conditions et démarches AVS
- Autopsie médico-légale : qui décide, quand le corps revient
- Décès du père en Suisse : les démarches, pas à pas
- Décès de sa mère en Suisse : les démarches dans l'ordre
- Obstacle médico-légal : ce qui vous attend en Suisse
- Résilier Groupe Mutuel en cas de décès : caisse-maladie
Sources officielles à consulter
- ch.ch · portail officiel des autorités suisses
- bankingombudsman.ch · recherche d'avoirs bancaires en déshérence
- sfbvg.ch · recherche d'avoirs de prévoyance professionnelle (2e pilier)
- ahv-iv.ch · rentes de survivants AVS (veuve, veuf, orphelin)