💚 Ce sujet fait partie de notre Guide complet de la succession au Québec 2026, qui couvre les étapes après un décès : démarches, organismes, délais, fiscalité.
Au Québec, le patrimoine familial est un mécanisme protecteur du conjoint marié ou uni civilement : la valeur nette de certains biens du couple est partagée à parts égales au décès, indépendamment du testament. C'est une protection forte qui n'existe pas pour les conjoints de fait.
Cet article explique la composition du patrimoine familial, la procédure de partage au décès, les exclusions, et les cas particuliers.
Qu'est-ce que le patrimoine familial
Introduit dans le Code civil du Québec, le patrimoine familial vise à équilibrer les contributions des conjoints au cours de la vie commune. Les biens qu'il comprend sont partagés à parts égales en valeur, indépendamment de qui en est légalement propriétaire.
Le patrimoine familial s'applique aux conjoints mariés et aux conjoints unis civilement. Pas aux conjoints de fait.
Voir educaloi.qc.ca pour les règles précises.
Les biens compris dans le patrimoine familial
Selon le Code civil du Québec, le patrimoine familial comprend la valeur (et non la propriété) de :
- La résidence familiale ou les résidences servant à la famille
- Les meubles garnissant ces résidences
- Les véhicules automobiles utilisés pour les déplacements de la famille
- Les droits accumulés pendant le mariage ou l'union civile dans un régime de retraite (rente, REER, RPA, droits dans le RRQ)
Ce sont les valeurs nettes (déduction des dettes y afférentes) qui sont partagées, pas les biens en nature.
Les exclusions
Le patrimoine familial ne comprend pas :
- Les biens reçus par donation ou succession d'un tiers, avant ou pendant le mariage
- La plus-value de ces biens reçus
- Les biens acquis avant le mariage (sauf si un tel bien est devenu résidence familiale ou véhicule familial)
- Les autres biens propres ne servant pas à la famille (par exemple, comptes personnels, placements personnels n'étant pas dans un régime de retraite)
Ces exclusions peuvent significativement réduire le patrimoine familial à partager.
Le partage au décès
Au décès d'un conjoint marié ou uni civilement :
- Calcul de la valeur nette du patrimoine familial par le liquidateur (avec aide d'un notaire ou évaluateur)
- Partage à parts égales : la moitié de la valeur revient au conjoint survivant, l'autre moitié reste dans la succession du défunt
- La part du conjoint survivant n'entre pas dans la succession : c'est un droit propre, antérieur à la succession proprement dite
- Ensuite seulement, la succession du défunt est partagée entre les héritiers (dont le conjoint, qui peut donc cumuler patrimoine familial et part successorale)
Cette protection peut représenter des montants très importants, notamment pour les couples ayant accumulé un patrimoine immobilier ou une retraite significative.
Calcul concret
Exemple simplifié de calcul (sans valeurs précises, à titre illustratif) :
- Valeur de la résidence familiale : moins le prêt hypothécaire = valeur nette à partager
- Valeur des véhicules familiaux : moins les prêts associés = valeur nette à partager
- Valeur des meubles familiaux : valeur d'usage à partager
- Droits de retraite accumulés pendant le mariage : valeur actualisée à partager
Le total constitue le patrimoine familial. La moitié de la valeur nette revient au conjoint survivant.
Le calcul réel est complexe et nécessite l'aide d'un notaire ou d'un évaluateur spécialisé. Les biens reçus par donation ou succession (et leur plus-value) sont déduits selon les règles précises.
Renonciation au patrimoine familial
En principe, on ne peut pas renoncer au patrimoine familial avant le décès ni y déroger par contrat de mariage (c'est d'ordre public). Toutefois :
- Au décès, le conjoint survivant peut renoncer expressément au partage par acte notarié
- Cette renonciation peut avoir des effets fiscaux importants — à examiner avec un fiscaliste
La renonciation peut être pertinente dans certains cas (par exemple si la succession est très endettée et que le conjoint préfère limiter son implication).
Cas particuliers
Familles recomposées. Le patrimoine familial est partagé entre les conjoints. La part successorale du défunt est ensuite partagée entre les enfants et le conjoint, selon le testament ou la loi. L'arbitrage peut être complexe.
Patrimoine accumulé avant le mariage. Les biens acquis avant le mariage sont en principe exclus du patrimoine familial. Documenter l'acquisition antérieure est important.
Donations entre époux ou contrat de mariage : peuvent modifier les régimes patrimoniaux mais ne suppriment pas le patrimoine familial obligatoire.
Conjoint de fait. Le patrimoine familial ne s'applique pas. Le conjoint de fait n'a aucun droit automatique sur les biens du défunt sans testament. Voir décès d'un conjoint de fait au Québec.
Mariage de courte durée. Le patrimoine familial s'applique sans condition minimale de durée. Mais les biens acquis avant le mariage restent exclus, donc l'effet sera limité si le mariage a été court.
Patrimoine à l'étranger : les règles de droit international privé peuvent compliquer le partage.
FAQ
Le patrimoine familial s'applique-t-il aux conjoints de fait ?
Non. C'est une spécificité importante au Québec. Seuls les couples mariés ou unis civilement bénéficient du patrimoine familial.
Peut-on renoncer au patrimoine familial par contrat de mariage ?
Non, c'est d'ordre public. Mais au décès, le conjoint survivant peut renoncer au partage par acte notarié.
Les régimes de retraite sont-ils inclus ?
Oui, les droits accumulés pendant le mariage ou l'union civile dans un régime de retraite (RRQ, REER, RPA) sont inclus. Les droits accumulés avant le mariage sont exclus.
La part du patrimoine familial est-elle imposable ?
En principe, le partage du patrimoine familial entre conjoints peut bénéficier de règles de roulement fiscal différant l'imposition. Un fiscaliste accompagne.
Que se passe-t-il si le défunt avait reçu un héritage important ?
Les biens reçus par succession ou donation, et leur plus-value, sont exclus du patrimoine familial. Ils restent dans le patrimoine personnel du défunt et peuvent être transmis selon les règles successorales.
En résumé
Trois points :
- Le patrimoine familial est partagé à parts égales en valeur au décès, entre le conjoint marié ou uni civilement et la succession
- Il ne s'applique pas aux conjoints de fait
- Il précède la succession : le conjoint reçoit d'abord sa part, puis intervient le partage successoral
L'accompagnement d'un notaire est indispensable pour le calcul et la procédure.
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Sources officielles à consulter
- service-public.gouv.fr — portail officiel de l'administration française
- impots.gouv.fr — déclaration de succession, droits de succession, déclaration de revenus du défunt
- ameli.fr — capital décès Sécurité sociale et droits des ayants droit
- info-retraite.fr — pension de réversion, tous régimes
- adsn.notaires.fr/fcddvPublic/ — fichier central des dispositions de dernières volontés