L'essentiel en 3 points
- Les droits successoraux varient fortement selon le lien (conjoint marié > cohabitant légal > concubin). Vérifier la situation précise avec un notaire.
- 3 urgences à évaluer : risque financier immédiat, enfants mineurs à protéger, délais légaux qui courent (déclaration fiscale, renonciation).
- Notaire dans 95 % des cas. Avocat seulement en cas de litige familial ou contestation de succession.
Ce sujet fait partie de notre Guide complet de la succession au Québec 2026, qui couvre les étapes après un décès : démarches, organismes, délais, fiscalité.
Vous venez de perdre votre conjoint, et déjà des mots comme «patrimoine familial» tombent sur vous sans prévenir. Je vais prendre le temps de vous expliquer ce que cela veut dire pour vous, simplement, parce que derrière le terme se cache une vraie protection pensée pour vous.
Au Québec, si vous étiez marié ou uni civilement, la loi vous protège : la valeur nette de certains biens du couple se partage en deux parts égales, peu importe ce que dit le testament. Je vous explique ici ce que ce patrimoine contient, comment le partage se fait après le décès, ce qui en est exclu, et les situations particulières qui peuvent vous concerner.
Ce qu'est le patrimoine familial
Le patrimoine familial est inscrit dans le Code civil du Québec. Son idée est simple : reconnaître que chacun des deux conjoints a contribué à la vie commune, même si un seul figure comme propriétaire des biens. Au moment du partage, c'est la valeur qui compte, pas le nom sur le titre. Les biens concernés se partagent à parts égales en valeur.
Cette protection vaut pour les conjoints mariés et pour les conjoints unis civilement. Elle ne vaut pas pour les conjoints de fait. C'est une distinction qui change tout, et j'y reviens plus bas.
Les règles précises sont détaillées sur educaloi.qc.ca.
Les biens compris dans le patrimoine familial
Selon le Code civil du Québec, ce sont les valeurs (et non la propriété) qui entrent dans le patrimoine familial :
- La résidence familiale ou les résidences servant à la famille
- Les meubles garnissant ces résidences
- Les véhicules automobiles utilisés pour les déplacements de la famille
- Les droits accumulés pendant le mariage ou l'union civile dans un régime de retraite (rente, REER, RPA, droits dans le RRQ)
Ce sont les valeurs nettes qui se partagent, une fois les dettes liées à ces biens déduites. On ne partage pas les biens eux-mêmes, mais leur valeur.
Ce qui en est exclu
Tout n'entre pas dans le partage. Le patrimoine familial ne comprend pas :
- Les biens reçus par donation ou succession d'un tiers, avant ou pendant le mariage
- La plus-value de ces biens reçus
- Les biens acquis avant le mariage, sauf si l'un d'eux est devenu résidence familiale ou véhicule de la famille
- Les autres biens propres qui ne servaient pas à la famille, comme des comptes personnels ou des placements qui ne sont pas dans un régime de retraite
Ces exclusions peuvent réduire de beaucoup la valeur à partager. C'est pourquoi le calcul mérite d'être fait avec soin.
Le partage au décès
Au décès d'un conjoint marié ou uni civilement, les choses se déroulent dans cet ordre :
- Le calcul de la valeur nette du patrimoine familial, fait par le liquidateur, avec l'aide d'un notaire ou d'un évaluateur.
- Le partage à parts égales : la moitié de la valeur vous revient en tant que conjoint survivant, l'autre moitié reste dans la succession du défunt.
- Votre part n'entre pas dans la succession. C'est un droit qui vous est propre, qui passe avant la succession proprement dite.
- Ensuite seulement, la succession du défunt se partage entre les héritiers. Vous y figurez aussi, ce qui veut dire que vous pouvez cumuler votre part de patrimoine familial et votre part successorale.
Selon le patrimoine immobilier ou la retraite que vous aviez accumulés ensemble, cette protection peut représenter des montants importants.
Comprendre le calcul
Voici, à titre d'illustration et sans chiffres, comment se construit le calcul :
- Valeur de la résidence familiale, moins le prêt hypothécaire, ce qui donne la valeur nette à partager
- Valeur des véhicules familiaux, moins les prêts associés, ce qui donne la valeur nette à partager
- Valeur des meubles familiaux, à hauteur de leur valeur d'usage
- Droits de retraite accumulés pendant le mariage, à leur valeur actualisée
L'addition de ces éléments forme le patrimoine familial. La moitié de la valeur nette vous revient.
Le calcul réel est plus complexe qu'il n'y paraît et demande l'aide d'un notaire ou d'un évaluateur spécialisé. Les biens reçus par donation ou succession, et leur plus-value, sont retirés selon des règles précises.
Renoncer au partage
En principe, on ne peut pas renoncer au patrimoine familial avant le décès, ni y déroger par contrat de mariage. La règle est d'ordre public. Deux nuances comptent au moment du décès :
- Vous pouvez, en tant que conjoint survivant, renoncer expressément au partage par acte notarié.
- Cette renonciation peut avoir des effets fiscaux importants, qu'un fiscaliste doit examiner avec vous.
Renoncer a parfois du sens, par exemple si la succession est très endettée et que vous préférez limiter votre implication. Ce n'est pas une décision à prendre seul ni dans la précipitation.
Les situations particulières
Familles recomposées. Le patrimoine familial se partage d'abord entre les conjoints. La part successorale du défunt se répartit ensuite entre les enfants et vous, selon le testament ou la loi. L'équilibre peut être délicat à trouver.
Patrimoine accumulé avant le mariage. Les biens acquis avant le mariage sont en principe exclus du patrimoine familial. Documenter cette acquisition antérieure vous sera utile.
Donations entre époux ou contrat de mariage. Ces actes peuvent modifier les régimes patrimoniaux, mais ils ne suppriment pas le patrimoine familial obligatoire.
Conjoint de fait. Le patrimoine familial ne s'applique pas. Sans testament, le conjoint de fait n'a aucun droit automatique sur les biens du défunt. Voir décès d'un conjoint de fait au Québec.
Mariage de courte durée. Le patrimoine familial s'applique sans condition minimale de durée. Mais comme les biens acquis avant le mariage restent exclus, l'effet sera limité si le mariage a été bref.
Patrimoine à l'étranger. Les règles de droit international privé peuvent compliquer le partage.
Questions fréquentes
Le patrimoine familial s'applique-t-il aux conjoints de fait
Non, et c'est une particularité importante au Québec. Seuls les couples mariés ou unis civilement bénéficient du patrimoine familial. Sans testament, un conjoint de fait n'a aucun droit automatique sur les biens du défunt.
Peut-on renoncer au patrimoine familial par contrat de mariage
Non, la règle est d'ordre public. En revanche, au décès, le conjoint survivant peut renoncer au partage par acte notarié.
Les régimes de retraite sont-ils inclus
Oui, les droits accumulés pendant le mariage ou l'union civile dans un régime de retraite (RRQ, REER, RPA) en font partie. Ceux accumulés avant le mariage en sont exclus.
Que se passe-t-il si le défunt avait reçu un héritage important
Les biens reçus par succession ou donation, ainsi que leur plus-value, sont exclus du patrimoine familial. Ils restent dans le patrimoine personnel du défunt et se transmettent selon les règles successorales.
Pour aller plus loin
- Droits du conjoint survivant au Québec : ce que prévoit la loi
- Liquidateur de succession au Québec : rôle, désignation, responsabilités
- Décès d'un conjoint de fait au Québec : ce qu'il faut savoir
- Logement d'un proche décédé au Québec : que faire du bail
Sources officielles à consulter
- quebec.ca · portail officiel du gouvernement du Québec
- revenuquebec.ca · succession, déclarations et biens non réclamés
- retraitequebec.gouv.qc.ca · prestation de décès et rente de conjoint survivant (RRQ)
- cnq.org · Chambre des notaires du Québec, recherche testamentaire