Ce sujet fait partie de notre Guide complet de la succession en Suisse 2026, qui couvre les étapes après un décès : démarches, organismes, délais, fiscalité.
Il y a ce chat qui attend devant sa gamelle, ce chien qui guette la porte. Votre proche est parti, et il reste un être vivant qui ne comprend pas pourquoi le maître ne revient pas. Vous, vous portez déjà tellement. Et voilà qu'il faut décider de l'avenir de cet animal, vite, sans avoir le temps de souffler.
Je vais rester avec vous le temps de cette page. On va prendre les choses dans l'ordre : d'abord le calmer et le mettre à l'abri, ensuite trouver une solution durable, et seulement après, regarder les démarches. Rien ne presse au point de mal faire.
Ce que dit le droit suisse sur l'animal
En Suisse, un animal n'est pas tout à fait un objet. Le Code civil le dit clairement : depuis l'article 641a CC (2003), "les animaux ne sont pas des choses".
Mais dans une succession, le droit le traite quand même comme un bien. Concrètement, cela veut dire que l'animal entre dans la masse successorale : il est transmis aux héritiers, au même titre que les autres biens du défunt.
Une chose importante, surtout si votre proche tenait à son compagnon : l'article 482 CC permet de prévoir dans son testament des dispositions pour un animal. On peut y désigner une personne chargée de s'en occuper, et même lui laisser une somme d'argent pour ça. Si un testament existe, regardez bien ce qu'il prévoit avant de décider quoi que ce soit.
Les premiers jours : le mettre à l'abri
Le confier le temps de souffler
Vous n'avez pas à trouver la solution définitive aujourd'hui. Le plus urgent, c'est que l'animal soit nourri et entouré. Demandez à un proche ou à un voisin de le garder pendant que vous cherchez. Veillez à ce qu'il ait à manger, à boire, et ses médicaments s'il en prend. Et prévenez son vétérinaire référent du décès du maître : il connaît l'animal et pourra vous guider pour la suite des soins.
Le noter dans la succession
L'animal doit figurer dans l'inventaire successoral, celui que dresse le notaire ou les héritiers. Notez son numéro de puce électronique, sa race, son âge, son état de santé. Ce sont ces informations qui serviront ensuite pour toutes les démarches.
Qui le reprend
Deux cas de figure. Soit un héritier de la famille le prend, et la transmission est simple. Soit c'est un tiers, par un legs prévu dans le testament ou un accord entre les héritiers.
Les solutions concrètes pour le repreneur
Un proche le garde
Si quelqu'un de l'entourage accueille l'animal, il faut mettre à jour son identification dans la base de données suisse Animal Identity Service (ANIS), valable pour les chats comme pour les chiens. Le nouveau propriétaire doit se déclarer dans un délai d'environ 10 jours après la prise en charge. Comptez 25 à 50 CHF de frais administratifs.
Passer par un refuge
Si personne ne peut le reprendre, les refuges sont là pour ça. Voici les principaux en Suisse :
- Société Protectrice des Animaux Suisse (PSA / SVA), la fédération nationale
- Société Genevoise pour la Protection des Animaux (SGPA), à Genève
- Tierschutz Zürich, à Zurich
- Refuges cantonaux, présents dans la plupart des cantons
- Association de Protection Animale Suisse, qui assure le replacement des chiens en cas de décès ou d'abandon du propriétaire
Pour trouver le refuge le plus proche, il existe un annuaire des refuges pour chiens en Suisse (chien.com, annuaire refuges Suisse).
Une famille d'accueil le temps de trouver
Le temps de trouver des adoptants définitifs, plusieurs solutions de garde existent : des pet sitters professionnels via des plateformes (Pawshake, BalloonPet, et d'autres), ou des vétérinaires qui proposent un service de garde.
Si l'animal meurt peu après son maître
Parfois l'animal s'éteint dans les semaines ou les mois qui suivent, par chagrin, par grand âge, ou parce qu'une maladie s'est aggravée. C'est un deuxième coup, et il a le droit d'être lourd. Voici ce que vous pouvez faire de sa dépouille, d'après les sources suisses (emergencyvet.ch, everlife.ch).
Les centres de collecte cantonaux
Ils acceptent le dépôt des dépouilles jusqu'à 200 kg. Les tarifs sont modestes : environ 10 CHF pour un chat, dès 30 CHF pour un chien. Par défaut, c'est une incinération collective.
La crémation individuelle
Si vous voulez garder ses cendres, l'animal est incinéré seul et l'urne vous est restituée. Comptez 100 à 400 CHF selon le poids. Des crématoriums animaliers existent dans la plupart des grandes villes.
Les cimetières pour animaux
Plusieurs cimetières animaliers existent en Suisse :
- le Cimetière du Wisenberg (canton de Bâle-Campagne)
- le Cimetière d'Emmenbrücke (Lucerne)
- le Cimetière animalier de Montmollin (Neuchâtel, ouvert le 14 juin 2025)
La Bibliothèque de la Ville de Genève en recense plusieurs autres (page Interroge).
L'enterrer chez soi
C'est possible dans certains cantons seulement (Vaud, Fribourg sous conditions), et interdit dans la plupart des cantons urbains. Avant de creuser quoi que ce soit, renseignez-vous auprès du Service cantonal des affaires vétérinaires (par exemple ge.ch, animaux compagnie rente morts blessés).
Vous avez le droit d'être triste pour l'animal
On vous dira peut-être que "ce n'est qu'un animal". Ne laissez personne vous faire douter de votre peine. L'Association Vivre Son Deuil Suisse (AVSDS) propose une ligne d'écoute dédiée aux personnes qui pleurent un animal de compagnie. Le deuil animalier n'est plus un sujet tabou en Suisse (24heures.ch, deuil animaux compagnie tabou).
Cette aide est précieuse quand :
- votre proche aimait profondément son animal
- l'animal s'éteint peu après son maître, et vous traversez alors deux deuils en même temps
- des enfants de la famille étaient très attachés à lui
Quand le défunt avait pensé à son animal
Le legs avec charge
L'article 482 CC permet au défunt d'imposer une charge à la personne qui reçoit un legs. Par exemple : "Je lègue 10 000 CHF à mon ami X, à charge pour lui de s'occuper de mon chien Rex jusqu'à la fin de sa vie." Si vous trouvez ce genre de clause dans le testament, elle a une vraie valeur juridique.
Le legs à une fondation animalière
Votre proche pouvait aussi léguer tout ou partie de son patrimoine à une fondation de protection animale. Les fondations reconnues d'utilité publique sont exonérées d'impôt sur les successions dans la plupart des cantons, et la fondation prend alors l'animal en charge.
Le mandat pour cause d'inaptitude
Les articles 360 à 369 CC permettent d'organiser à l'avance la gestion de ses affaires en cas d'incapacité, avant le décès. On peut y inclure la prise en charge de l'animal. Ce mandat s'active sur certificat médical.
Les démarches administratives à ne pas oublier
Mettre à jour l'identification (ANIS)
Pour un chien, l'enregistrement national est obligatoire (animal-identity-service.ch). Pour un chat, c'est facultatif mais recommandé, et de plus en plus de cantons le rendent obligatoire. Dans tous les cas, le nouveau propriétaire doit se déclarer dans les 10 jours.
Le vétérinaire et le carnet de santé
Transmettez le dossier vétérinaire au nouveau propriétaire ou à un nouveau praticien. Gardez les vaccins à jour et n'oubliez pas le carnet de santé : c'est lui qui assure la continuité des soins.
L'assurance responsabilité civile pour chien
Dans certains cantons (Genève, Vaud), la RC chien est obligatoire. Il faut alors résilier l'ancienne assurance du défunt et en souscrire une nouvelle au nom du repreneur.
La taxe cantonale sur les chiens
Elle varie selon le canton (de 50 à 200 CHF par an en général). Pensez à prévenir la commune du changement de propriétaire.
Questions fréquentes
Mon père est décédé en Suisse avec un chat et personne ne peut le prendre. Que faire ?
Contactez la SGPA, Tierschutz Zürich ou la PSA selon votre région. L'Association de Protection Animale Suisse assure le replacement des animaux orphelins. Le temps de trouver, demandez à un proche, un voisin ou un pet sitter de garder le chat.
Le défunt voulait que son chien aille à la SPA suisse. Est-ce possible ?
Oui. Soit par un legs à charge clairement écrit dans le testament, soit par un accord direct avec le refuge en présentant l'acte de décès et les souhaits du défunt. Quand c'est mentionné dans le testament, tout se passe plus simplement.
Quels frais le repreneur d'un animal doit-il prévoir ?
La mise à jour de l'identification coûte environ 25 à 50 CHF. À cela s'ajoutent l'assurance RC chien (80 à 200 CHF par an), la taxe cantonale (50 à 200 CHF par an) et les soins courants, alimentation et vétérinaire, qui varient selon l'animal.
L'animal compte-t-il dans l'impôt successoral ?
En théorie oui, à sa valeur marchande. En pratique, c'est le plus souvent négligeable, sauf pour des animaux de race à forte valeur (chevaux de sport, chiens avec pedigree).
En résumé
- L'animal entre dans la succession en Suisse (Code civil, article 641a).
- Trois solutions principales : un héritier le reprend, un refuge l'accueille, ou un legs à charge prévu dans le testament.
- Refuges principaux : PSA/SVA, SGPA Genève, Tierschutz Zürich, Association de Protection Animale Suisse.
- Si l'animal meurt : centres de collecte cantonaux (10 à 30 CHF), crémation individuelle (100 à 400 CHF), cimetières animaliers.
- Pour le deuil : la ligne d'écoute de l'AVSDS.
- Pour anticiper : testament à charge, mandat pour cause d'inaptitude, fondations animalières.
Pour aller plus loin
- Accepter ou répudier une succession en Suisse : 3 options
- Testament en Suisse : formes, validité et dépôt
- Que faire après le décès d'un proche en Suisse : par où commencer ?
- Organiser les funérailles en Suisse : coût, inhumation, crémation, démarches
- Certificat d'héritier en Suisse : comment l'obtenir et à quoi il sert
Sources officielles à consulter
- ch.ch · portail officiel des autorités suisses
- bankingombudsman.ch · recherche d'avoirs bancaires en déshérence
- sfbvg.ch · recherche d'avoirs de prévoyance professionnelle (2e pilier)
- ahv-iv.ch · rentes de survivants AVS (veuve, veuf, orphelin)