Vous avez perdu un ami. Pas un membre de votre famille au sens des papiers, mais quelqu'un qui comptait. Et vous sentez bien que ce qui vous traverse n'a rien d'un petit chagrin. Je reste là, le temps de ces lignes.
L'essentiel en 3 points
- Le deuil d'un ami est une perte aussi légitime qu'une autre. Le cadre officiel du Québec reconnaît que le lien qui unit deux amis proches façonne le deuil, au même titre que le lien familial.
- Il n'existe aucune durée déterminée pour traverser un deuil. Personne, autour de vous, n'a le droit d'attendre que ça « passe vite ».
- Si certains signaux s'installent et durent, on peut demander de l'aide. La ligne Info-Social 811 répond 24 heures sur 24, gratuitement et de façon confidentielle.
Votre peine a le droit d'exister
Il y a une phrase que beaucoup de gens en deuil d'un ami finissent par entendre. « C'était pas de ta famille, quand même. » Elle blesse. Parce qu'elle range votre douleur dans une case trop petite.
Le gouvernement du Québec décrit le deuil comme un processus qui varie d'une personne à l'autre. Ce qui le façonne, c'est notamment la relation avec la personne décédée, les expériences passées, la culture, les croyances, les valeurs et le soutien dont on dispose. La relation. Pas le lien de sang. Pas l'état civil. Le lien réel qui vous unissait à cette personne.
Alors si cet ami partageait vos années, vos silences, vos décisions importantes, votre douleur est à la hauteur de ce lien. Elle est légitime. Vous n'avez pas à la justifier.
Ce que le deuil peut faire traverser
Le deuil ne se vit pas seulement dans le cœur. Il prend tout le corps, parfois.
Sur le plan des émotions, il peut y avoir une douleur vive, de la colère, un sentiment d'injustice, de la solitude, un grand vide, de la tristesse, du désespoir.
Sur le plan de la pensée, de la confusion, du mal à se concentrer, des trous de mémoire. Vous relisez trois fois le même message sans le comprendre. C'est normal.
Et puis il y a le corps et le quotidien. Du stress, de l'anxiété, le sommeil qui se dérègle, l'appétit qui s'en va, l'envie de se retirer de tout. Cette impression de fonctionner mécaniquement, comme si vous regardiez votre vie de loin.
Rien de tout cela n'est un signe de faiblesse. C'est le deuil qui travaille.
Le deuil n'avance pas en ligne droite
On décrit souvent le deuil en trois phases. Le choc et le déni. La désorganisation. Puis la réorganisation et l'adaptation.
Mais une chose compte, et je tiens à vous la dire clairement. Les personnes en deuil ne traversent pas forcément toutes ces phases, ni dans cet ordre. Plusieurs peuvent se chevaucher. On peut revenir à une phase qu'on croyait derrière soi. Le deuil n'est pas linéaire.
La durée, elle aussi, change d'une personne à l'autre. Le choc et le déni peuvent durer de quelques minutes à quelques semaines. La désorganisation, de quelques semaines à quelques mois. La réorganisation et l'adaptation, de quelques mois à plusieurs années.
Plusieurs années. C'est écrit ainsi, dans le cadre officiel. Donc si des mois après vous avez encore des journées où tout s'effondre, vous n'êtes pas en retard. Vous êtes en deuil.
Quand il vaut mieux demander de l'aide
Le deuil fait mal, et c'est attendu. Mais certains signaux indiquent qu'il vaut mieux être accompagné.
Des problèmes d'appétit et de sommeil qui persistent et deviennent importants. Du mal à tenir vos rôles, à la maison, au travail, dans vos loisirs. Une baisse marquée d'intérêt pour ce qui vous portait avant. Un retrait constant de vos proches. Une hausse importante de votre consommation d'alcool, de drogues ou de médicaments. Du mal à vous concentrer ou à décider. Le sentiment d'une souffrance sans fin, ou au contraire l'absence totale d'émotion. Et le signal le plus grave, celui d'être dépassé au point de penser au suicide ou de vouloir vous en prendre à quelqu'un.
Si vous vous reconnaissez là, demander de l'aide n'est pas céder. C'est se protéger.
Pour cela, on peut s'adresser aux services de santé publics locaux. Votre CISSS ou CIUSSS, votre CLSC, votre médecin ou votre pharmacien.
La ligne Info-Social 811 offre une consultation téléphonique psychosociale gratuite et confidentielle. On compose le 811. C'est accessible 24 heures sur 24, 365 jours par an, et la personne au bout du fil peut vous orienter vers la bonne ressource.
Il existe aussi des ressources en deuil mentionnées par le gouvernement du Québec. Tel-Écoute, ligne Le Deuil, au 1-888-533-3845. Deuil-Jeunesse, au 1-855-889-3666, pour les adultes comme pour les enfants. Et la plateforme en ligne MonDeuil.ca, gratuite et confidentielle.
Et si la détresse devient accablante, s'il y a des pensées suicidaires, il y a une ligne d'intervention en prévention du suicide. Le 1-866-277-3553. Notez ce numéro quelque part. Pour vous, ou pour le transmettre à quelqu'un.
Quand le deuil croise des démarches
Parfois, à la peine s'ajoutent des choses concrètes à régler, surtout si vous étiez proche au point d'aider la famille ou d'avoir un rôle dans ce qui suit le décès. Si c'est votre cas, vous pouvez avancer pas à pas. J'ai préparé un repère pour savoir quoi faire après le décès d'un proche, et un autre pour obtenir l'acte de décès quand on vous le demande. Et si votre ami est parti après une longue maladie, vous portez peut-être un deuil qui a commencé bien avant le dernier jour.
Questions fréquentes
Le deuil d'un ami est-il vraiment légitime ?
Oui. Le cadre officiel du Québec décrit le deuil comme un processus façonné notamment par la relation avec la personne décédée. Le lien qui unit deux amis proches en fait partie. Selon ce cadre, le deuil d'un ami est une perte aussi légitime qu'une autre. Votre peine n'a pas à être comparée à celle d'un membre de la famille.
Combien de temps dure un deuil ?
Il n'existe pas de durée déterminée pour surmonter un deuil. L'intensité et la durée des émotions varient d'une personne à l'autre. Le choc peut durer de quelques minutes à quelques semaines, la désorganisation de quelques semaines à quelques mois, et la réorganisation de quelques mois à plusieurs années. Si votre entourage attend que votre deuil « passe vite », ce repère officiel peut vous aider à vous protéger de cette pression.
Mes réactions physiques sont-elles normales ?
Oui. Le deuil peut se manifester par du stress, de l'anxiété, des problèmes de sommeil et d'appétit, un retrait des activités et l'impression de fonctionner mécaniquement. S'y ajoutent souvent de la confusion et du mal à se concentrer ou à mémoriser. Ce sont des réactions connues du deuil, pas des signes de faiblesse.
À qui m'adresser si je n'y arrive plus ?
On peut s'adresser à son CLSC, son CISSS ou CIUSSS, son médecin ou son pharmacien. La ligne Info-Social 811 répond 24 heures sur 24, gratuitement et de façon confidentielle, et peut vous orienter. Il existe aussi Tel-Écoute, ligne Le Deuil (1-888-533-3845), Deuil-Jeunesse (1-855-889-3666) et MonDeuil.ca. En cas de détresse importante ou de pensées suicidaires, une ligne d'intervention en prévention du suicide est disponible au 1-866-277-3553.
Pour aller plus loin
- Perdre un frère ou une soeur : démarches et deuil
- Deuil anticipé : perdre un proche encore vivant (Québec)
- Faire le deuil d'un parent : un chemin à votre rythme
- Faire le deuil d'un grand-parent : traverser ce vide (QC)
- Que faire après le décès d'un proche au Québec : par où commencer ?
Sources officielles à consulter
- quebec.ca · portail officiel du gouvernement du Québec
- revenuquebec.ca · succession, déclarations et biens non réclamés
- retraitequebec.gouv.qc.ca · prestation de décès et rente de conjoint survivant (RRQ)
- cnq.org · Chambre des notaires du Québec, recherche testamentaire