Que deviennent mes comptes en ligne après ma mort ?

Aucun compte en ligne ne se transfère automatiquement : chaque plateforme applique ses propres règles, et seuls vos proches informés et munis des bons justificatifs pourront agir le moment venu. En France, la loi pour une République numérique de 2016 vous permet, de votre vivant, de définir des directives sur le sort de vos données personnelles. Anticiper, c'est lister vos comptes et indiquer pour chacun : conserver, transmettre ou supprimer.

Penser à tout ça de son vivant, c'est un cadeau qu'on fait aux siens. Nous laissons tous derrière nous des dizaines de comptes en ligne : messagerie, réseaux sociaux, banque, photos, abonnements. Leur sort dépend à la fois de la loi et des conditions de chaque service, et par défaut, rien ne se règle tout seul. Décider de leur sort dès maintenant, c'est épargner à vos proches des blocages, des frais inutiles et la perte de souvenirs. Je vous explique ici ce qui se passe vraiment, ce que dit le droit français, et comment organiser tout cela sereinement. Les règles citées sont en vigueur en 2026 et renvoient à leur source officielle.

Vos comptes en ligne ne disparaissent pas tout seuls

Ce qui se passe par défaut : des comptes « fantômes »

Sans instruction de votre part, un compte en ligne continue d'exister une fois que vous n'êtes plus là. Il devient inactif, mais il n'est ni supprimé ni transféré automatiquement. Boîte mail, profil social, espace de stockage : tout reste en l'état, parfois pendant des années, jusqu'à ce qu'une personne entreprenne une démarche auprès du service concerné. La CNIL parle à ce sujet de « mort numérique » : la question de ce que deviennent nos données et nos comptes une fois que nous ne sommes plus là pour les gérer.

Pourquoi c'est un sujet pour vos proches

Ces comptes « fantômes » ne sont pas qu'un détail technique. Des abonnements payants continuent de prélever un compte bancaire tant que personne ne les résilie. Un profil social laissé tel quel peut être détourné ou usurpé. Et à l'inverse, des souvenirs précieux, photos, messages, documents, restent verrouillés derrière des identifiants que personne ne connaît. Pour des proches déjà éprouvés par le deuil, chaque compte non anticipé devient une démarche supplémentaire, souvent longue et incertaine. C'est précisément ce que vous pouvez leur éviter en y réfléchissant aujourd'hui.

Le cadre légal en France : la loi pour une République numérique (2016)

En France, vous n'êtes pas démuni·e face à ce sujet. La loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique a introduit un droit nouveau, intégré à la loi Informatique et Libertés (article 85) : toute personne peut, de son vivant, définir des directives relatives au sort de ses données personnelles après sa mort, leur conservation, leur effacement ou leur communication. La CNIL détaille ce dispositif et son fonctionnement. Un point à retenir : cette loi couvre vos données personnelles, pas vos actifs financiers ni vos comptes bancaires, qui relèvent du droit classique des successions.

Directives générales et directives particulières

La loi distingue deux niveaux. Les directives générales concernent l'ensemble de vos données et peuvent être enregistrées, selon la CNIL, auprès d'un tiers de confiance certifié par la CNIL. Les directives particulières ne portent que sur les données détenues par un service précis (un réseau social, une messagerie) et se déposent directement auprès de ce service, qui doit alors les respecter. Vous pouvez aussi désigner une personne chargée de veiller à leur exécution. À défaut de directives, ce sont vos héritiers qui pourront exercer certains droits, dans les limites prévues par la CNIL.

Ce que la loi ne couvre pas

Ces directives ne règlent pas tout. Elles portent sur les données personnelles, pas sur la valeur économique de votre patrimoine numérique. L'argent sur un compte bancaire ou un service de paiement, les cryptomonnaies, les droits d'auteur ou un nom de domaine commercial relèvent de la succession et se transmettent selon les règles successorales habituelles. C'est une distinction essentielle : on traite séparément la donnée personnelle (loi de 2016) et l'actif (droit des successions). Je vous explique comment se transmet votre patrimoine numérique dans un article dédié.

Chaque type de compte a ses propres règles

Au-delà du cadre légal, chaque plateforme applique ses propres conditions d'utilisation. Voici les grandes familles de comptes et la logique qui les gouverne. Pour les procédures précises de chaque service, reportez-vous toujours à l'aide officielle de la plateforme concernée, susceptible d'évoluer.

Réseaux sociaux : commémoration ou suppression

La plupart des grands réseaux sociaux proposent deux options possibles : transformer le profil en compte de commémoration (il reste visible mais figé, comme un espace de souvenir) ou le supprimer. La demande passe généralement par un formulaire dédié et exige un justificatif. Les conditions varient d'un service à l'autre, et c'est à vous, de votre vivant, d'indiquer votre préférence. Certains réseaux permettent même de désigner à l'avance une personne pour gérer le compte commémoratif.

Comptes Google et Apple : gestionnaire d'inactivité et contact légataire

Les grands écosystèmes proposent des outils d'anticipation, et ce sont de vrais alliés. Du côté de Google, un gestionnaire de compte inactif permet de prévoir, de votre vivant, ce qu'il advient de vos données après une longue période d'inactivité : suppression automatique ou transmission à des personnes que vous désignez. Du côté d'Apple, un dispositif de contact légataire autorise des proches désignés à accéder à certaines données, sur présentation d'un justificatif. Ces réglages se font à l'avance dans les paramètres du compte : c'est précisément le type de décision à prendre tranquillement, aujourd'hui.

Messageries et stockage cloud : un accès rarement transmissible

Les boîtes mail et les espaces de stockage en ligne sont parmi les comptes les plus sensibles, car ils protègent le secret des correspondances. La CNIL rappelle que l'accès aux courriers électroniques d'une personne décédée est encadré et n'a rien d'automatique. Sans directives ni dispositif d'accès prévu à l'avance, vos proches devront passer par les procédures de chaque service, souvent restrictives. D'où l'intérêt de décider, dès maintenant, qui pourra accéder à quoi.

Comptes bancaires et services de paiement : la succession

Les comptes bancaires et les portefeuilles de paiement en ligne ne relèvent pas de la « mort numérique » mais de la succession. Au décès, la banque bloque en principe les comptes individuels dès qu'elle est informée, et leur solde entre dans l'actif successoral réparti entre les héritiers selon les règles habituelles. Ces démarches sont distinctes de la gestion des données personnelles et suivent leur propre calendrier successoral.

Abonnements payants : à résilier pour stopper les prélèvements

Streaming, logiciels, applications, stockage : les abonnements payants continuent de prélever tant qu'ils ne sont pas résiliés. C'est souvent la première source de dépenses inutiles que découvrent les proches. Tenir aujourd'hui une liste de vos abonnements actifs facilite grandement la tâche de ceux qui devront un jour les arrêter. Je vous explique en détail comment résilier les abonnements en ligne d'une personne décédée.

Comment décider du sort de vos comptes, dès aujourd'hui

Anticiper ne demande pas d'expertise technique, mais un peu de méthode. Trois étapes suffisent à mettre de l'ordre dans votre vie numérique et à soulager vos proches.

Étape 1 : faire l'inventaire de vos comptes

Commencez par recenser tous vos comptes en ligne : messageries, réseaux sociaux, banque et paiement, stockage de photos et documents, abonnements, commerces en ligne. Regrouper cette liste en un seul endroit donne déjà une vue d'ensemble que peu de gens ont. Notez le service et l'usage de chaque compte, sans jamais consigner vos mots de passe en clair au même endroit. Pour conserver des accès en sécurité, privilégiez les outils prévus à cet effet (un gestionnaire de mots de passe) plutôt qu'une simple feuille.

Étape 2 : choisir pour chacun, conserver, transmettre ou supprimer

Pour chaque compte de votre inventaire, posez-vous une question simple : qu'est-ce qui doit lui arriver ? Trois réponses possibles. Conserver (par exemple un profil destiné à devenir un espace de souvenir). Transmettre (un accès prévu pour une personne de confiance, via un contact légataire ou un gestionnaire d'inactivité). Supprimer (la plupart des comptes utilitaires ou des abonnements). Cette décision, prise à froid, est infiniment plus simple pour vous aujourd'hui qu'elle ne le serait pour vos proches en plein deuil.

Étape 3 : enregistrer vos directives et informer une personne de confiance

Une fois vos choix faits, formalisez-les. Activez les dispositifs des plateformes (gestionnaire d'inactivité, contact légataire), déposez vos directives particulières auprès des services concernés et, le cas échéant, des directives générales auprès d'un tiers de confiance certifié par la CNIL. Vous pouvez aussi rappeler vos intentions dans ce que vous écrivez dans votre testament. Enfin, prévenez une personne de confiance de l'existence de cet inventaire et de l'endroit où le retrouver : sans elle, vos directives risquent de rester ignorées.

FR, BE, CH, CA : ce qui change selon le pays

Le dispositif des directives post-mortem décrit ici est propre à la France. Les règles diffèrent ailleurs, et il ne faut jamais présumer qu'une règle française s'applique telle quelle dans un autre pays.

En Belgique, comme en France, la protection des données relève du RGPD européen ; l'autorité de référence est l'Autorité de protection des données (APD), auprès de laquelle vérifier les droits applicables après un décès. La Suisse est hors Union européenne et applique sa propre loi fédérale sur la protection des données ; il n'existe pas d'équivalent strict aux directives post-mortem françaises, et le détail est à vérifier auprès du Préposé fédéral à la protection des données (PFPDT). Au Québec, ce sont les lois provinciales qui s'appliquent (notamment la Loi 25 sur la protection des renseignements personnels) ; la transmission des comptes dépend des conditions d'utilisation et du droit successoral provincial, à confirmer auprès de la Commission d'accès à l'information du Québec. Dans tous les cas, le réflexe reste le même : vérifier auprès de l'autorité locale plutôt que de supposer.

Questions fréquentes

Comment décider, de mon vivant, du sort de mes comptes en ligne ?

En France, vous pouvez définir des directives sur le sort de vos données personnelles : des directives générales auprès d'un tiers de confiance certifié par la CNIL, ou des directives particulières auprès d'un service précis. En parallèle, activez les outils des plateformes, comme le gestionnaire de compte inactif de Google ou le contact légataire d'Apple, et tenez un inventaire de vos comptes (sources : CNIL ; loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique).

Mes proches pourront-ils hériter de mes comptes en ligne ?

Pas comme un bien classique. Les comptes de messagerie et de réseaux sociaux sont généralement personnels et non transmissibles selon leurs conditions d'utilisation. Les comptes bancaires et les portefeuilles de paiement, en revanche, relèvent de la succession et se transmettent aux héritiers selon les règles successorales (source : CNIL).

Que couvre exactement la loi française sur mes données après ma mort ?

Elle vous permet de définir des directives relatives au sort de vos seules données personnelles : leur conservation, leur effacement ou leur communication. Elle ne couvre pas la valeur économique de votre patrimoine numérique, l'argent sur un compte ou un service de paiement, les cryptomonnaies, les droits d'auteur ou un nom de domaine commercial, qui relèvent de la succession (sources : CNIL ; Légifrance).

Mes proches pourront-ils accéder à mes e-mails ?

Rarement de façon directe : les messageries protègent le secret des correspondances. Sans directives ni accès prévus à l'avance, vos proches devront passer par les procédures de chaque service, souvent restrictives. Anticiper en désignant une personne de confiance facilite grandement les choses (source : CNIL).

Les règles sont-elles les mêmes en Belgique, en Suisse et au Québec ?

Non. La Belgique relève du RGPD comme la France (autorité : l'APD). La Suisse applique sa loi fédérale sur la protection des données, hors UE. Le Québec applique ses lois provinciales (Loi 25). Le détail des droits sur les données après le décès est à vérifier auprès de l'autorité de chaque pays (sources : APD ; PFPDT ; Commission d'accès à l'information du Québec).

Organiser le sort de ses comptes en ligne, c'est un cadeau discret que l'on fait à ses proches : moins de blocages, moins de frais, moins de souvenirs perdus. La démarche n'est pas urgente, mais elle est précieuse, et il est tout à fait légitime de se faire accompagner pour ne rien oublier. HelloMathilde vous aide, sur WhatsApp et en français, à savoir quelles démarches préparer et dans quel ordre, en citant toujours la source officielle, jamais une règle inventée, et en gardant trace de votre situation dans un bilan écrit à garder.

Pour aller plus loin

Sources officielles à consulter

Cet article est à titre informatif. HelloMathilde ne remplace ni un notaire, ni un avocat, ni un conseiller fiscal, ni un opérateur funéraire. En cas de doute sur votre situation, consultez un professionnel.