Procuration bancaire après décès : pourquoi elle prend fin immédiatement

Une procuration bancaire devient caduque au jour du décès du titulaire du compte. Dès que la banque est informée, le compte individuel est bloqué. Continuer à retirer ou payer « pour aider » est interdit et peut être qualifié de recel successoral : le bon réflexe est d'informer la banque et de passer par les démarches de succession.

Vous gériez peut-être le compte d'un parent, d'un conjoint ou d'un ami de son vivant, parce qu'il vous avait fait confiance avec une procuration. Et aujourd'hui qu'il est parti, une question vous tourne dans la tête : est-ce que je peux continuer à m'en servir, juste pour régler ce qui doit l'être ? C'est une question normale, posée presque toujours de bonne foi. La réponse, pourtant, est non. La procuration n'est pas un droit qui survit à la personne. Elle s'éteint avec elle. Et l'ignorer peut coûter cher, alors voici, posément, pourquoi, à partir de quand, et ce qu'il faut faire à la place.

La procuration prend fin au décès : le principe

Une procuration bancaire, c'est un mandat : le titulaire du compte (le mandant) donne à une autre personne (le mandataire) le pouvoir d'agir en son nom sur ses comptes. Comme tout mandat, elle repose entièrement sur la volonté de la personne qui l'a donnée.

Pourquoi la procuration s'éteint

Le Code civil est clair : le mandat finit par la mort du mandant. C'est ce que prévoit l'article 2003 du Code civil (texte en vigueur 2026). Au moment où la personne décède, la procuration cesse de produire effet, automatiquement, sans qu'aucune démarche ne soit nécessaire. Le mandataire n'a plus aucun pouvoir sur les comptes.

À quel moment précisément

La procuration cesse au jour du décès. En pratique, la banque la rend inopérante dès qu'elle est informée du décès et procède au blocage du compte individuel. À compter de ce blocage, plus aucune opération sortante n'est possible : ni retrait, ni virement, ni paiement par carte ou chèque, comme le rappelle la Fédération bancaire française sur lesclesdelabanque.com.

Autrement dit, même si la banque n'a pas encore été prévenue et que la carte « fonctionne » encore techniquement, la procuration est déjà juridiquement éteinte depuis le décès.

Ce que vous ne pouvez plus faire (et pourquoi)

Une fois la personne décédée, le mandataire ne peut plus utiliser le compte du défunt, point. Cela veut dire : plus de retraits d'espèces, plus de virements, plus de paiements par carte ou par chèque, plus de prélèvements organisés depuis ce compte. Les sommes présentes sur le compte ne « vous » appartiennent pas : elles font partie de l'actif successoral, qui revient à l'ensemble des héritiers.

Le risque de recel successoral

C'est ici que l'erreur, souvent commise de bonne foi, devient sérieuse. Utiliser la procuration après le décès pour retirer ou déplacer des fonds peut être qualifié de recel successoral : le fait, pour un héritier, de dissimuler ou de détourner des biens de la succession au détriment des autres héritiers.

La sanction est lourde. Selon l'article 778 du Code civil (en vigueur 2026), l'héritier qui a recelé des biens ou des droits est réputé accepter la succession purement et simplement, sans pouvoir prétendre à aucune part sur les biens détournés ou recelés. Il doit en outre restituer tous les fruits et revenus qu'il en a tirés. Un retrait mal placé « pour rendre service » peut donc se transformer en perte de droits sur les sommes concernées, en plus des tensions familiales que cela crée. Le portail notaires.fr détaille les conséquences du règlement de la succession.

Ce n'est pas une question de mauvaise intention : beaucoup l'ignorent simplement. C'est justement pour cela qu'il vaut mieux le savoir avant d'agir.

Ce qu'il faut faire concrètement

Plutôt que d'utiliser un pouvoir qui n'existe plus, voici la marche à suivre.

Informer la banque du décès

La première étape, c'est de prévenir la banque en lui transmettant un acte de décès. C'est cet acte qui déclenche officiellement le blocage du compte individuel et la clôture de la procuration. Si vous n'avez pas encore ce document, notre guide explique comment obtenir l'acte de décès et qui peut le demander.

Restituer les moyens de paiement

Les cartes bancaires et chéquiers rattachés au compte du défunt, y compris ceux remis au titre de la procuration, ne doivent plus être utilisés et sont à restituer ou à détruire selon les consignes de la banque. Ils sont de toute façon annulés au blocage du compte.

Pour les dépenses urgentes, comme les obsèques

Les frais d'obsèques constituent un cas particulier. La banque peut régler ces frais directement depuis le compte du défunt, sur présentation de la facture, dans la limite d'un plafond fixé par arrêté. Pour 2026, ce plafond est de 5 965 € (arrêté du 24 décembre 2025, en application de l'article L.312-1-4 du Code monétaire et financier), comme l'indique service-public.gouv.fr. La banque ne peut toutefois pas verser plus que le solde disponible sur les comptes.

Ce mécanisme n'a rien à voir avec la procuration : il ne passe pas par vous en tant que mandataire, mais par une demande directe à la banque sur justificatif. Pour le détail des paiements possibles malgré le blocage, voyez notre guide sur le déblocage du compte bancaire après décès, qui explique ce que la banque peut régler malgré le blocage.

Procuration et compte joint : ne pas confondre

C'est la confusion la plus fréquente, et elle a des conséquences opposées. Une procuration et un compte joint ne suivent pas du tout le même régime.

SituationAu décès du titulaire / d'un cotitulaire
Procuration sur un compte individuelCaduque au décès. Compte bloqué. Aucune opération possible.
Compte joint (compte « ou »)Continue en principe à fonctionner au profit du cotitulaire survivant.

Le compte joint repose sur la solidarité entre cotitulaires : au décès de l'un, le compte n'est pas bloqué et le survivant peut continuer à l'utiliser, sauf opposition des héritiers, comme le rappelle la Fédération bancaire française. À l'inverse, une simple procuration sur un compte individuel ne survit jamais au décès. Si vous êtes dans ce cas, notre article dédié au compte joint après décès détaille le cas particulier du compte joint.

Et la procuration générale ou le mandat de protection future ?

Le principe vaut au-delà du seul compte bancaire. Une procuration générale donnée du vivant de la personne, comme un mandat de protection future (qui permettait à un proche de gérer les affaires d'une personne devenue vulnérable), cesse aussi au décès. Là encore, le mandat repose sur la volonté du mandant, et cette volonté s'éteint avec lui.

Après le décès, ce n'est plus le mandataire qui prend le relais : c'est la succession. Ce sont les héritiers, souvent assistés d'un notaire, qui ont désormais qualité pour gérer et liquider le patrimoine. Le mandataire d'hier, lui, n'a plus de rôle particulier, sauf à être également héritier.

En résumé

La procuration n'est pas un « droit de continuer à gérer » : c'est un outil qui s'éteint avec la personne, au jour de son décès. Le bon réflexe tient en deux gestes : informer la banque avec un acte de décès, et passer par les démarches de succession pour tout ce qui concerne les comptes du défunt. Agir autrement, même avec les meilleures intentions, expose au recel successoral et à la perte de droits.

Questions fréquentes

Peut-on retirer de l'argent avec une procuration après le décès ?

Non. La procuration devient caduque au décès du titulaire du compte, en application de l'article 2003 du Code civil. Dès que la banque est informée, le compte individuel est bloqué. Toute opération ultérieure est interdite et peut être qualifiée de recel successoral.

À partir de quand la procuration ne fonctionne-t-elle plus ?

Elle cesse de produire effet au jour du décès, automatiquement. En pratique, la banque rend la procuration inopérante et bloque le compte individuel dès qu'elle a connaissance du décès, comme le rappelle la Fédération bancaire française.

Qu'est-ce que le recel successoral ?

C'est le fait de dissimuler ou de détourner des biens de la succession au détriment des autres héritiers. Selon l'article 778 du Code civil, l'héritier fautif est réputé accepter la succession purement et simplement et perd tout droit sur les sommes recelées, en plus de devoir restituer les revenus tirés des biens détournés.

Comment payer les obsèques si le compte est bloqué ?

La banque peut régler les frais d'obsèques directement depuis le compte du défunt, sur présentation de la facture, dans la limite de 5 965 € en 2026 (arrêté du 24 décembre 2025), selon service-public.gouv.fr. Cette demande se fait directement auprès de la banque, et non via la procuration.

Et le compte joint, est-il aussi concerné ?

Non. Le compte joint repose sur la solidarité entre cotitulaires et peut généralement continuer à fonctionner au profit du survivant, sauf opposition des héritiers. C'est très différent d'une simple procuration sur un compte individuel, qui, elle, s'éteint au décès. Voir notre guide sur le compte joint après décès.

Savoir ce qui est encore permis et ce qui ne l'est plus, juste après un décès, n'a rien d'évident, surtout quand on cherche simplement à bien faire. Demander de l'aide pour s'y retrouver est parfaitement légitime. HelloMathilde est un compagnon du deuil IA, sur WhatsApp, qui vous indique pas à pas les démarches à mener et celles à éviter, pour ne commettre aucune faute coûteuse, et vous laisse un bilan écrit à garder.

Pour aller plus loin

Sources officielles à consulter

Cet article est à titre informatif. HelloMathilde ne remplace ni un notaire, ni un avocat, ni un conseiller fiscal, ni un opérateur funéraire. En cas de doute sur votre situation, consultez un professionnel.