Ce sujet fait partie de notre Guide complet pour traverser un deuil, mots, rituels, corps, mémoire, anniversaires. À votre rythme.
Vous voudriez que le souvenir de votre proche reste vivant quelque part, accessible à ceux qui l'aimaient, même s'ils sont loin. C'est un besoin juste, et le numérique offre aujourd'hui plusieurs façons d'y répondre : un site dédié, une application qui accompagne, un livre souvenir à partager. Rien de tout cela ne remplace ce que vous portez en vous, mais cela peut aider à le déposer et à le transmettre.
Je vais vous présenter ces outils un par un : à quoi sert chaque type de support, ce qu'il permet, ses limites, et les précautions à prendre, surtout du côté des données personnelles et de l'image des plus fragiles. Vous choisirez ensuite ce qui ressemble à votre proche et à votre famille.
Les sites mémoriaux en ligne, un espace dédié à votre proche
Ce qu'est un site mémoire
Un site mémoire est une page web consacrée à une personne disparue, hébergée sur une plateforme spécialisée. On y publie une notice biographique, des photographies, des vidéos, et on ouvre un espace de condoléances où les proches déposent un message. Certaines plateformes ajoutent un livre d'or virtuel, la géolocalisation de la sépulture, ou une bougie symbolique à allumer. Ces services se sont développés en France dès les années 2010, en complément des avis de décès papier.
Ce que ces sites permettent
La plupart proposent les mêmes briques :
- Un profil personnalisé : nom, dates de naissance et de décès, biographie rédigée par la famille, portrait principal.
- Des galeries multimédias : albums photos, enregistrements audio (une voix, une musique), vidéos de cérémonies ou d'hommages.
- Un espace condoléances : un formulaire, public ou modéré, où les visiteurs laissent un témoignage.
- Des informations pratiques : lieu et horaires de la cérémonie, adresse du lieu de repos, coordonnées de l'organisateur des obsèques.
- Des options de partage : un lien unique à diffuser par email, SMS ou réseaux sociaux.
Beaucoup de plateformes offrent une formule gratuite aux fonctions limitées (nombre de photos, durée d'hébergement) et des abonnements payants qui ouvrent un stockage illimité, un nom de domaine personnalisé ou le retrait de la publicité.
Les données et la durée de vie de la page
La CNIL encadre le traitement des données personnelles des défunts en France. Selon l'article 40-1 de la loi Informatique et Libertés, toute personne peut définir, de son vivant, des directives sur la conservation, l'effacement et la communication de ses données après son décès. En l'absence de directives, les héritiers peuvent exercer certains droits sur les données du défunt. Avant de vous engager, vérifiez que la plateforme respecte la réglementation française et européenne (RGPD), en particulier sur trois points :
- Le consentement : qui a le droit de créer et d'alimenter la page (famille proche, exécuteur testamentaire) ?
- La durée de conservation : certaines offres gratuites suppriment le profil après un an d'inactivité.
- La portabilité : pouvez-vous télécharger tous les contenus (photos, messages) avant la clôture du compte ?
Lisez les conditions générales d'utilisation, même si c'est fastidieux, et préférez une plateforme française ou européenne, soumise au RGPD.
Les applications mobiles qui accompagnent le deuil
Une application mémoire, une application deuil : ce n'est pas la même chose
Les sites mémoriaux servent à préserver et partager des souvenirs. Les applications deuil, elles, cherchent à vous accompagner, vous, dans la traversée. Elles proposent des exercices pour apprivoiser les émotions, des journaux intimes numériques, des bibliothèques de ressources (articles, podcasts, témoignages), parfois la mise en relation avec des groupes de soutien ou des psychologues. Certaines réunissent les deux approches : un espace mémoire privé et des outils d'aide.
Ce qu'on y trouve souvent
- Un journal personnel : un espace sécurisé pour consigner pensées, émotions, rêves, sans rien partager.
- Des rappels et des rituels : des notifications pour les dates qui comptent (naissance, décès, fêtes), des suggestions de gestes apaisants (méditation, bougie virtuelle).
- Une bibliothèque de contenus : articles sur les étapes du deuil, podcasts de témoignages, vidéos explicatives (démarches, soutien psychologique).
- Une communauté : forums modérés, tchats, rendez-vous en visio avec des pairs ou des professionnels.
- Un suivi de l'évolution émotionnelle : questionnaires réguliers, graphiques, alertes en cas de détresse persistante, avec orientation vers un professionnel de santé.
La plupart de ces applications fonctionnent en freemium : les fonctions de base sont gratuites, les modules avancés sont payants. On dispose de peu de chiffres publics sur leur usage en France, mais le marché des applications de santé mentale a nettement progressé depuis 2020.
La confidentialité, ici, n'est pas un détail
Ce que vous écrivez dans une application deuil est intime : votre état intérieur, votre histoire familiale. Assurez-vous que l'éditeur :
- Héberge les données sur des serveurs européens, ou garantit une protection équivalente au RGPD.
- Chiffre les contenus stockés et les échanges (SSL/TLS).
- Ne revend pas les données à des tiers, ce qui se lit dans la politique de confidentialité.
- Permet de supprimer entièrement le compte quand vous le souhaitez.
En cas de doute, lisez les avis d'utilisateurs et privilégiez les applications portées par des associations reconnues ou recommandées par des professionnels de santé.
Les livres souvenirs numériques et les albums en ligne
Ce qu'est un livre souvenir
Un livre souvenir, ou album mémoire, rassemble photographies, textes, témoignages et anecdotes sur la vie de votre proche. On l'imprimait pour les obsèques ou on l'envoyait par courrier. Aujourd'hui, on peut le créer et le partager en ligne, gratuitement, ou le commander en impression à la demande.
Plateformes gratuites ou payantes
Gratuites :
- Les sites généralistes d'albums photos (Google Photos, Flickr) regroupent des clichés dans un album partageable par lien sécurisé. Pas de mise en page soignée ni d'impression intégrée, mais c'est simple.
- Des outils open source ou associatifs offrent des modèles de mise en page, avec exportation en PDF pour une impression personnelle.
Payantes, en impression à la demande :
- Les imprimeurs en ligne français (Pixum, Cewe, Blurb, Atelier Rosemood) proposent des modèles élégants, une qualité professionnelle, des délais courts (7 à 15 jours ouvrés), pour un prix qui varie selon le format, le papier et le nombre de pages. Comptez entre 20 et 80 € par exemplaire pour un livre de 40 à 100 pages.
- Certaines pompes funèbres incluent un module de création d'album mémoire dans leur offre, ou le proposent en supplément.
Quelques repères pour le concevoir
- Réunissez les contributions : sollicitez famille, amis, collègues pour des photos inédites et des anecdotes que vous ne connaissez peut-être pas.
- Donnez-lui un fil : chronologique (enfance, vie professionnelle, voyages) ou thématique (passions, citations préférées).
- Soignez les images : visez 300 dpi pour l'impression, recadrez et retouchez légèrement si besoin.
- Écrivez des légendes courtes : date, lieu, contexte, noms des personnes présentes.
- Respectez la vie privée : vérifiez que les personnes figurant sur les photos, surtout les mineurs, ne s'opposent pas à la diffusion.
Numérique ou imprimé, ce livre devient un héritage tangible, qui se transmet à travers les générations.
Quand la situation est plus délicate
Familles recomposées, mémoires qui se croisent
Dans une famille recomposée, plusieurs personnes peuvent vouloir créer ou gérer l'espace mémoire : le conjoint survivant, les enfants d'un premier lit, les beaux-enfants. Aucun texte juridique ne tranche précisément ces situations. En pratique, trois réflexes aident :
- Se parler d'abord : réunir les proches pour convenir ensemble du contenu, du ton, de la gestion de la page.
- Désigner un administrateur principal : idéalement mentionné dans les directives numériques du défunt, ou choisi par consensus.
- Créer des espaces distincts si les visions divergent : un site officiel tenu par le conjoint, un album privé pour les enfants d'un premier mariage.
Si le désaccord persiste, un médiateur familial (liste disponible auprès des tribunaux judiciaires) peut aider à trouver un terrain d'entente.
Enfants mineurs, et la protection de leur image
Publier la photographie d'un enfant mineur décédé demande l'accord de tous les titulaires de l'autorité parentale. Si l'un des parents s'y oppose, l'autre ne peut pas légalement diffuser l'image de l'enfant sur un site public. En cas de litige, le juge aux affaires familiales peut trancher (article 372-2 du Code civil).
Quelques précautions s'imposent :
- Limiter l'accès : créer une page privée, protégée par mot de passe, réservée à la famille proche.
- Éviter les réseaux sociaux grand public : préférer des plateformes dédiées à la mémoire, moins exposées au détournement.
- Consulter un avocat en cas de conflit parental.
Un proche expatrié ou décédé à l'étranger
Si le décès a eu lieu hors de France, ou si votre proche vivait à l'étranger, la création d'un site mémoire peut se heurter à des contraintes de langue et de droit :
- Plusieurs langues : certaines plateformes permettent un contenu bilingue, français et anglais par exemple.
- Réglementation locale : vérifier que l'hébergeur respecte le RGPD si le site s'adresse à des résidents européens.
- Récupération des données : en cas de retour en France, s'assurer de pouvoir exporter les contenus vers une plateforme française.
Pour des témoignages dans une langue étrangère, un traducteur assermenté peut rendre service.
Les erreurs que je vous invite à éviter
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Créer un site sans en parler à la famille. Le risque, ce sont les tensions, les contenus incomplets, le sentiment que les volontés du défunt n'ont pas été respectées. La concertation, toujours, avant la publication.
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Ne pas lire les conditions générales d'utilisation. Certaines plateformes s'arrogent des droits étendus sur vos photos et vos textes, ou suppriment les profils inactifs au bout de quelques mois.
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Diffuser des données sensibles ou des documents officiels. Ne publiez jamais l'acte de décès, un numéro de sécurité sociale, des coordonnées bancaires ou l'adresse complète du domicile. Ces informations peuvent être détournées.
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Oublier de sauvegarder localement. Gardez une copie de tous les contenus importants sur un disque dur externe ou un cloud personnel sécurisé. Les plateformes ferment, fusionnent, modifient leurs offres.
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Choisir une application non conforme au RGPD. Préférez les éditeurs français ou européens, vérifiez la localisation des serveurs et la politique de confidentialité. Méfiez-vous des applications gratuites au modèle économique flou, le risque est la revente des données.
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Négliger l'ergonomie. Un site pensé pour des personnes âgées ou peu à l'aise avec le numérique doit rester simple : texte lisible, bon contraste, instructions claires. Testez-le avec ses futurs utilisateurs avant de le diffuser largement.
Questions fréquentes
Qui a le droit de créer un site mémorial pour un défunt
En l'absence de directives numériques laissées par votre proche, ce sont en principe les héritiers (conjoint survivant, enfants, ascendants) qui peuvent exercer les droits sur ses données personnelles, et donc créer un espace en ligne. En pratique, consultez la famille proche avant toute publication, par respect pour la mémoire du défunt et pour éviter les conflits. Si plusieurs personnes revendiquent ce droit, un dialogue ou une médiation familiale s'impose.
Un site mémoire est-il payant
Pas nécessairement. De nombreuses plateformes gratuites permettent de créer une page avec les fonctions de base : biographie, quelques photos, livre d'or virtuel. Ces offres restent souvent limitées (stockage, durée, publicités). Les formules payantes, dont les tarifs indicatifs vont de 5 à 20 € par mois selon les services, ouvrent davantage de personnalisation, l'absence de publicité, un nom de domaine propre et une garantie de pérennité. Comparez plusieurs plateformes et lisez les conditions avant de vous engager.
Peut-on faire supprimer un site mémorial créé sans notre accord
Oui. Si vous êtes héritier, ou titulaire de l'autorité parentale d'un mineur décédé, et qu'un tiers a créé un site sans votre consentement, vous pouvez en demander la suppression. Contactez d'abord la plateforme en fournissant une copie de l'acte de décès et un justificatif de votre qualité (livret de famille, acte de notoriété). Si elle refuse ou ne répond pas, vous pouvez saisir la CNIL pour violation du RGPD, ou consulter un avocat spécialisé en droit numérique.
Une application de deuil remplace-t-elle un suivi psychologique
Non. Une application de deuil est un outil complémentaire : elle peut aider à mettre des mots sur ses émotions, à trouver des ressources, à échanger avec des pairs. Elle ne remplace jamais un accompagnement par un psychologue, un psychiatre ou un groupe de soutien en présentiel. Si vous ressentez une détresse qui dure, des troubles du sommeil, une perte d'appétit importante ou des idées suicidaires, consultez rapidement un professionnel de santé. La plateforme Santé Psy Étudiant (pour les étudiants) et les Points d'Accueil et d'Écoute Jeunes peuvent aussi orienter vers des ressources adaptées.
Sources officielles à consulter
- Service-public.fr, Données personnelles après le décès : informations sur les directives numériques et les droits des héritiers.
- CNIL, Comment exercer vos droits après le décès d'un proche : guides pratiques sur la protection des données personnelles des défunts.
- Légifrance, Loi Informatique et Libertés (article 40-1) : texte de loi sur le sort des données personnelles après le décès.
- Notaires de France, Fiche pratique sur les directives numériques : conseils pour rédiger et déposer ses volontés concernant ses données en ligne.
- Ministère de la Justice, Médiation familiale : annuaire des médiateurs agréés en cas de conflit familial autour de la mémoire du défunt.
- Banque de France, Sécurité des données en ligne : recommandations sur la protection des informations sensibles.
Pour aller plus loin
- Animaux de compagnie après le décès du maître : démarches et solutions
- Comment annoncer un décès sur les réseaux sociaux : ton et bonnes pratiques
- Bijoux de deuil : tradition et alternatives modernes 2026
- Photos, comptes et souvenirs en ligne : préparer sa mémoire numérique
- Prévenir Orange après un décès : résiliation mobile, fixe, internet
- Arrêter les abonnements d'un proche décédé : streaming, cloud
Sources officielles à consulter
- service-public.gouv.fr · portail officiel de l'administration française
- impots.gouv.fr · déclaration de succession, droits de succession, revenus du défunt
- ameli.fr · capital décès Sécurité sociale et droits des ayants droit
- info-retraite.fr · pension de réversion, tous régimes
- adsn.notaires.fr · fichier central des dispositions de dernières volontés