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Photos du défunt : que faire des albums et de la mémoire numérique

Il y a ce moment où vous tombez sur une photo, dans un tiroir, sur un téléphone, dans un coin du salon, et le souffle se coupe. Les images d'une personne qu'on aime ont ce pouvoir-là. Et puis, très vite, des questions très concrètes arrivent : à qui appartiennent ces albums ? Comment accéder aux milliers de clichés sur son ordinateur ? Que deviennent ses photos sur les réseaux ? Vous n'avez pas à tout trancher aujourd'hui. Mais quand vous serez prête, voici ce que dit la loi française, et ce qui se fait, pour que ces souvenirs restent à vous et à ceux qui l'aimaient.

À qui appartiennent les photos d'une personne décédée

Les photographies d'une personne qui n'est plus là touchent à plusieurs droits à la fois, et c'est normal que ce soit un peu emmêlé.

D'abord, le droit à l'image. L'article 9 du Code civil protège le respect de la vie privée de chacun, et cela vaut aussi pour son image. Ce droit ne s'éteint pas le jour du décès. Concrètement, vous, les proches, pouvez vous opposer à ce qu'on reproduise ou diffuse son image si cela abîme sa mémoire ou vous cause une vraie peine. Cette protection n'a pas de date limite, même si elle pèse moins fort avec les années qui passent.

Ensuite, les photos en tant qu'objets. Les tirages, les albums, ce sont des biens comme les autres : ils entrent dans la succession et reviennent aux héritiers, selon les règles habituelles du Code civil.

Enfin, les droits d'auteur, qui concernent celui qui a pris la photo (le photographe), pas la personne dessus. Quand une photo est une vraie œuvre, ces droits se transmettent aux héritiers pendant soixante-dix ans après le décès de son auteur, c'est l'article L123-1 du Code de la propriété intellectuelle qui le prévoit. Et pour les clichés que le défunt a pris lui-même, ce sont ses héritiers qui en deviennent titulaires : à eux de décider si on les reproduit, si on les partage. Sans testament particulier, ces droits se partagent comme le reste de l'héritage.

Les albums et les tirages papier

Les albums et les photos sur papier sont des biens qui entrent dans la succession. Tant que le partage n'est pas fait, ils appartiennent à tous les héritiers à la fois, c'est ce qu'on appelle l'indivision, encadrée par les articles 815 et suivants du Code civil.

Leur valeur en argent est presque toujours symbolique, sauf tirage d'artiste ou cliché historique. Mais leur valeur affective, elle, peut être immense, et c'est souvent là que ça coince : tout le monde veut garder la même photo de vacances.

La solution la plus douce reste souvent la numérisation. On scanne les albums, chacun reçoit une copie identique, et les originaux ne bougent pas. Vous pouvez le faire vous-même avec le bon matériel, ou passer par un service spécialisé dans la numérisation de patrimoine.

Si vous préférez partager les albums physiques, vous pouvez organiser cela par périodes, par branches de la famille, ou en confiant à chacun les clichés qui comptent le plus pour lui. Faire un inventaire au départ, même en photographiant simplement chaque album, aide énormément à discuter sans se déchirer.

Côté conservation, les tirages anciens souffrent de la lumière, de l'humidité et des écarts de température. Rangez-les dans des boîtes adaptées, à l'abri de la lumière directe, dans un endroit stable. Si vous avez encore les négatifs, gardez-les précieusement : ils permettent de refaire des tirages. Ils sont fragiles et demandent des pochettes individuelles non acides et un endroit à température maîtrisée.

Certaines familles choisissent de réunir toutes les archives au même endroit, confiées à une personne ou déposées dans un lieu neutre, avec un accès partagé pour ceux qui veulent venir les regarder. C'est une belle façon de garder les collections entières sans les disperser.

Les photos numériques : ordinateur, téléphone, cloud

Les photos numériques posent d'autres soucis, parce qu'elles sont éparpillées partout : ordinateur, disques durs, clés USB, cartes mémoire, téléphone, tablette. Des milliers de clichés, souvent sans aucun rangement ni sauvegarde.

Le premier obstacle, c'est l'accès. Codes, schémas de déverrouillage, chiffrement : sans les identifiants, récupérer les fichiers devient difficile, parfois impossible selon la sécurité mise en place.

La loi a heureusement prévu quelque chose. La loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 a posé des règles sur ce qu'on appelle la mort numérique. L'article L111-3 du Code des postes et des communications électroniques permet à chacun, de son vivant, de laisser des consignes sur le sort de ses données après sa mort : les garder, les effacer, ou les transmettre.

Si le défunt n'a rien laissé comme consigne, vous, les héritiers, gardez tout de même certains droits. Vous pouvez demander l'accès à ses comptes et services pour les fermer ou récupérer ce qui compte pour la famille, comme ses photos. Les plateformes ont mis en place des démarches pour cela. En général, on vous demandera un certificat de décès et un document prouvant que vous êtes héritier. Les conditions précises sont écrites dans les conditions d'utilisation de chaque service.

Les photos sur les réseaux sociaux suivent leurs propres règles. Selon la plateforme, le compte peut devenir un compte commémoratif, être supprimé, ou ses contenus téléchargés par les proches. Cela change beaucoup d'un réseau à l'autre.

Dès que vous avez repéré les différents supports, faites des copies de sauvegarde, c'est la priorité. Plusieurs copies, sur plusieurs supports différents (disques durs, stockage en ligne, gravure), pour ne rien perdre si un appareil lâche.

Et quand vous en aurez le courage, trier, supprimer les doublons, classer par dates ou par événements : cela transforme un fouillis de fichiers en de vraies archives, faciles à transmettre.

Les photos chez les autres

Certaines photos sont chez d'autres : un frère, une amie, un ancien collègue, un club qu'il fréquentait. Elles ne font pas partie de la succession, mais elles comptent pour la mémoire de la famille.

Vous ne pouvez pas les exiger : demander une copie relève de la gentillesse, pas du droit. Une approche douce, en expliquant que vous rassemblez des souvenirs, marche presque toujours. Et proposer de faire vous-même une copie numérique, sans réclamer l'original, lève bien des hésitations.

Les photos publiées par d'autres sur les réseaux restent sous le contrôle de ceux qui les ont mises en ligne. Vous ne pouvez exiger leur retrait que si elles abîment la mémoire du défunt ou violent clairement sa vie privée. La justice regarde alors chaque situation au cas par cas, en cherchant l'équilibre entre les droits de chacun.

En revanche, si quelqu'un diffuse publiquement ou utilise commercialement l'image d'une personne décédée sans l'accord des ayants droit, c'est une atteinte au droit à l'image. Vous pouvez agir en justice pour faire cesser cela et obtenir réparation.

Quant aux médias qui ont des photos dans des reportages ou des articles, ils appliquent leurs propres règles d'archives. Obtenir des copies passe souvent par une demande auprès de leurs services de documentation, parfois contre paiement.

Faire vivre ces souvenirs

Au-delà de simplement garder les photos, vous pouvez en faire quelque chose qui fait du bien. Un album, sur papier ou sur écran, qui raconte son parcours et que toute la famille peut feuilleter, c'est une façon de continuer à lui donner une place.

Les livres photos personnalisés, qu'on commande facilement en ligne, rassemblent une sélection de clichés qui comptent. On peut les imprimer en plusieurs exemplaires, un pour chaque membre de la famille.

Un diaporama, avec une musique ou quelques mots enregistrés, transforme des images figées en un vrai récit qu'on partage lors des réunions de famille, sur un lien privé ou un support remis en main propre.

Certaines familles créent un espace en ligne privé, réservé à elles seules, où chacun dépose photos, textes et témoignages. Petit à petit se construit une mémoire commune, nourrie par tout le monde.

Pensez aussi à l'avenir. Les formats numériques vieillissent vite, certains supports deviennent illisibles. Recopier de temps en temps vos archives sur les formats et supports du moment garantit qu'on pourra encore les ouvrir dans longtemps.

Et tant que ceux qui se souviennent sont là, identifiez les visages et les lieux. Ajouter des légendes, des dates, du contexte, c'est ce qui transforme de simples images en histoires de famille, qui transmettent non seulement des visages mais des récits entiers.

Enfin, si certaines photos ont un intérêt qui dépasse la famille (un moment d'histoire, un lieu disparu), des archives publiques ou des institutions culturelles peuvent parfois être intéressées par un don ou un dépôt. C'est une manière d'inscrire un souvenir personnel dans une histoire plus large.

Bien conserver dans le temps

Que les photos soient sur papier ou sur écran, leur conservation demande quelques bons réflexes.

Pour les tirages anciens, des pochettes et des boîtes sans acide, conformes aux normes d'archivage, évitent que le papier se dégrade chimiquement. La lumière directe fait pâlir les couleurs : rangez à l'obscurité pour les garder vives. Attention aux vieux albums : certains contiennent des colles acides ou des pochettes en plastique PVC qui dégagent des produits abîmant les photos. Dans ce cas, transférez vers des supports neutres, ou numérisez sans attendre.

Pour le numérique, sachez qu'un disque dur externe dure en moyenne cinq à dix ans, selon l'usage et le stockage. La parade la plus sûre, c'est de multiplier les copies sur des supports différents (disques durs, clés USB, DVD, stockage en ligne). On appelle cela la règle de sauvegarde 3-2-1 : trois copies, sur deux types de supports différents, dont une rangée ailleurs qu'à la maison.

Côté formats de fichiers aussi, mieux vaut anticiper. Les formats ouverts et répandus comme le JPEG ou le PNG s'ouvriront plus sûrement dans le futur que des formats propriétaires qui peuvent devenir illisibles si le logiciel disparaît. Convertir à l'avance vers ces formats standards vous protège.

Le stockage en ligne a ses avantages (copies multiples, entretien automatique) mais vous rend dépendante d'une entreprise dont rien ne garantit qu'elle existera toujours. Lisez de temps en temps ses conditions d'utilisation pour vérifier ce qui est garanti et comment récupérer vos données.

Et n'oubliez pas les légendes : associer à chaque image sa date, son lieu, les personnes présentes, l'événement, cela donne à une simple collection toute sa valeur, et la rend vraiment transmissible.

Questions fréquentes

Peut-on s'opposer à la publication de photos du défunt par quelqu'un d'autre ?

Oui, vous pouvez vous y opposer quand la diffusion abîme sa mémoire ou vous cause un préjudice moral, en famille. Ce droit est reconnu par la jurisprudence, notamment contre les usages commerciaux non autorisés ou les publications dégradantes. En saisissant un tribunal, vous pouvez obtenir le retrait des images et, parfois, des dommages et intérêts.

Comment accéder aux photos sur le téléphone d'un proche décédé ?

Un smartphone protégé par code demande souvent l'intervention d'un professionnel ou du fabricant. En présentant un certificat de décès et un document prouvant que vous êtes héritier, vous pouvez parfois obtenir une aide technique, selon les règles de chaque constructeur. Si rien n'est possible côté appareil, les sauvegardes automatiques sur le cloud peuvent offrir un autre accès aux photos, à condition de connaître les identifiants du compte.

Que deviennent les photos partagées sur les réseaux sociaux ?

Cela dépend de chaque réseau. En général, le compte peut devenir un compte commémoratif, rester figé en l'état, ou être supprimé à la demande des proches. Les photos peuvent souvent être téléchargées via une démarche dédiée, qui réclame un certificat de décès et une preuve de votre qualité d'héritier. Les modalités changent beaucoup d'une plateforme à l'autre.

Faut-il déclarer les photos dans la succession ?

Les photos de famille sans réelle valeur marchande ne sont pas évaluées à part dans la déclaration de succession. Elles sont comprises dans les meubles meublants, dont la valeur forfaitaire représente 5 % de l'actif brut de la succession, selon les règles fiscales en vigueur. Seules les photos d'art ou les tirages de collection à vraie valeur justifient une mention et une évaluation à part.

Comment partager les albums entre plusieurs héritiers ?

Le mieux, c'est le dialogue et l'accord entre vous. Numériser toute la collection pour que chacun ait une copie complète reste la solution la plus apaisante. À défaut, le partage physique peut suivre des critères clairs : périodes, branches de la famille, ou attribution à tour de rôle. En cas de désaccord tenace, un médiateur familial ou un notaire peut vous aider à dénouer la situation.

Sources officielles à consulter

Pour aller plus loin

Sources officielles à consulter

Cet article est à titre informatif. HelloMathilde ne remplace ni un notaire, ni un avocat, ni un conseiller fiscal, ni un opérateur funéraire. En cas de doute sur votre situation, consultez un professionnel.