La perte d’un partenaire pacsé ou d’un concubin met le survivant dans une situation administrative et juridique très différente de celle d’un conjoint marié. La loi française protège bien moins ces statuts, et l’absence d’anticipation (testament, désignation comme bénéficiaire) peut conduire à des situations très difficiles.
Cet article fait le tour des spécificités du décès d’un partenaire pacsé ou d’un concubin, des droits effectifs du survivant, des démarches à entreprendre rapidement, et des options pour limiter les dégâts quand rien n’a été anticipé.
Pacsé et concubin ne sont pas héritiers
Première règle, fondamentale : ni le pacsé ni le concubin ne sont héritiers légaux du défunt. Sans testament, ils ne reçoivent rien de la succession.
Cela signifie que :
- Tous les biens propres du défunt vont à ses héritiers par défaut (descendants, parents, fratrie selon les cas)
- Le logement commun, s’il appartenait au défunt, peut être réclamé par les héritiers
- Les comptes bancaires individuels sont bloqués comme pour tout décès, sans accès du partenaire survivant
- Les biens en indivision (achetés à deux) restent en indivision avec les héritiers du défunt à hauteur de la part de ce dernier
C’est une différence majeure avec le mariage. Voir notre guide sur les droits du conjoint survivant pour comprendre l’écart.
Le testament : la seule vraie protection
La seule façon pour un partenaire pacsé ou un concubin d’hériter, c’est qu’un testament ait été rédigé du vivant du défunt en sa faveur.
Pour le partenaire pacsé : un legs par testament bénéficie d’une fiscalité très favorable (exonération totale des droits de succession, identique au conjoint marié). C’est un argument décisif pour anticiper.
Pour le concubin : un legs par testament reste possible mais la fiscalité est très défavorable. Au-delà d’un abattement faible, les sommes léguées sont taxées à un taux élevé. Le testament reste néanmoins indispensable pour transmettre quoi que ce soit.
Si aucun testament n’existe, le survivant ne peut rien réclamer de la succession, à l’exception de ce qui ressort des règles ci-dessous.
Le droit temporaire au logement (partenaire pacsé)
Le partenaire pacsé bénéficie d’un droit temporaire d’occupation gratuite du logement principal, pendant l’année qui suit le décès, à condition que le défunt en ait été propriétaire ou cotitulaire d’un bail. Ce droit s’applique automatiquement, sans démarche.
Pour aller au-delà de cette année, il faut :
- Soit que le défunt ait organisé un droit viager au logement par testament
- Soit que le partenaire survivant rachète la part des autres héritiers
- Soit que les héritiers acceptent une convention d’occupation amiable (rare en pratique)
Le concubin n’a en principe pas de droit temporaire au logement au sens du Code civil. Sa situation dépend du type de bail (s’il est cotitulaire) et de l’éventuel testament.
Le bail commun
Si le couple était locataire et que le bail comportait les deux noms :
- Le partenaire ou concubin survivant conserve le bail automatiquement
- Le bailleur ne peut pas l’expulser pour ce motif
Si le bail était au nom du seul défunt, la loi prévoit un transfert de bail au profit du partenaire pacsé, du concubin notoire (sous condition de durée de vie commune), ou du conjoint marié, dans les conditions prévues par la loi du 6 juillet 1989. Le bailleur doit être informé rapidement.
Pas de pension de réversion
Sauf très rares exceptions (certains régimes spécifiques), le pacsé et le concubin n’ont pas droit à la pension de réversion. Cette prestation est en principe réservée au conjoint marié.
L’allocation veuvage est également réservée aux conjoints mariés.
C’est une perte importante, qui peut représenter des dizaines de milliers d’euros sur la durée de vie du survivant. Aucun mécanisme légal ne compense, sauf si le défunt avait souscrit une assurance prévoyance privée désignant son partenaire comme bénéficiaire.
L’assurance-vie : un outil clé
L’assurance-vie est un excellent moyen de transmettre des capitaux à un partenaire pacsé ou un concubin. Le bénéficiaire d’une assurance-vie est désigné librement par le souscripteur, et les capitaux sont transmis hors succession.
Pour le partenaire pacsé : exonération totale des droits si la clause bénéficiaire désigne expressément le partenaire pacsé.
Pour le concubin : la fiscalité est moins favorable mais reste préférable à une transmission successorale classique. Détails sur impots.gouv.fr.
Si le défunt avait une assurance-vie, le partenaire ou concubin peut interroger gratuitement l’AGIRA pour vérifier s’il en est bénéficiaire. Voir notre guide assurance-vie après décès.
Démarches concrètes du survivant pacsé ou concubin
Dans les jours et semaines qui suivent le décès, le partenaire ou concubin survivant peut :
- Faire enregistrer le décès auprès de la mairie qui a enregistré le Pacs (pour la dissolution du Pacs)
- Notifier le bailleur si vous êtes locataire, pour clarifier la transmission du bail
- Vérifier l’existence d’un testament chez le notaire de famille ou via le Fichier central des dispositions de dernières volontés
- Interroger l’AGIRA pour vérifier l’existence d’un contrat d’assurance-vie en votre faveur
- Saisir un notaire dès que possible pour clarifier votre situation patrimoniale, surtout en présence de biens en indivision
- Rassembler les preuves de vie commune (factures communes, attestations, photos, certificat de Pacs) pour faire valoir vos droits éventuels (transfert de bail, allocation logement)
- Vérifier les contrats de prévoyance souscrits par le défunt via son employeur ou à titre privé
Cas particuliers
Bien acheté en indivision avec le défunt. Le bien reste en indivision entre le survivant (à hauteur de sa quote-part) et les héritiers du défunt (à hauteur de la quote-part du défunt). La sortie de l’indivision se fait par accord amiable (rachat des parts) ou, en cas de désaccord, par procédure judiciaire.
Concubin notoire de longue date sans Pacs ni mariage. Le concubinage notoire peut être prouvé par certificat délivré par certaines mairies. Il ouvre quelques droits limités (transfert de bail, certaines prestations sociales) mais reste très loin de la protection du mariage. Sans testament, l’héritage est nul.
Pacs non encore dissous au moment du décès. Le Pacs prend fin de plein droit au décès. La mairie est informée par le service de l’état civil. Le partenaire survivant n’a aucune démarche particulière à effectuer pour la dissolution.
Pacsé étranger ou conclu à l’étranger. Vérifier la transcription du Pacs sur les registres français. En cas de Pacs étranger non transcrit, des difficultés peuvent surgir pour faire valoir certains droits.
Couples de même sexe non mariés. Les règles applicables sont les mêmes que pour les couples hétérosexuels (Pacs ou concubinage). Les couples de même sexe peuvent se marier depuis la loi de 2013 et bénéficier des mêmes droits qu’un couple marié hétérosexuel.
Décès brutal avec enfants en bas âge. Si le couple avait des enfants en commun, ces enfants sont héritiers du parent décédé. Le partenaire survivant, parent biologique, conserve l’autorité parentale. Voir notre guide héritage des enfants mineurs.
Cas particuliers et situations spécifiques
Succession internationale et partenaire pacsé ou concubin. Lorsque le défunt possédait des biens à l’étranger, la loi applicable à la succession varie selon les pays. Le règlement européen n°650/2012 permet dans certains cas de choisir la loi nationale du défunt, mais tous les États ne l’appliquent pas. Le partenaire pacsé ou le concubin, déjà fragile en droit français, peut se retrouver totalement dépourvu de droits dans certaines législations étrangères qui ne reconnaissent ni le Pacs ni le concubinage. Il est impératif de consulter un notaire spécialisé en droit international et de vérifier les conventions fiscales bilatérales sur impots.gouv.fr.
Présence d’enfants mineurs issus d’une union antérieure. Lorsque le défunt laisse des enfants mineurs d’une première union, ces derniers héritent en qualité de descendants réservataires. Le partenaire pacsé ou concubin survivant, même désigné par testament, ne peut recevoir que la quotité disponible. Si le logement appartenait au défunt et que les héritiers sont mineurs, leur représentant légal (souvent l’autre parent) peut demander la vente du bien ou le paiement d’une indemnité d’occupation. Cette situation justifie une anticipation rigoureuse, notamment par donation entre vifs avec réserve d’usufruit ou démembrement de propriété organisé de son vivant.
Concubinage avec enfant commun reconnu. La présence d’un enfant commun ne modifie pas les droits successoraux du concubin survivant, mais elle peut faciliter certaines démarches sociales (capital décès de la Sécurité sociale si l’enfant est à charge, allocation de soutien familial). L’enfant, lui, hérite normalement de son parent décédé, mais le concubin survivant reste sans droits sur la succession. Pour protéger le parent survivant, il est essentiel que chacun rédige un testament en faveur de l’autre et désigne l’autre comme bénéficiaire de ses contrats d’assurance-vie. Plus d’informations sur les dispositifs sociaux sur ameli.fr.
Indivision conflictuelle après le décès. Lorsque le couple avait acheté un bien en indivision et que les héritiers du défunt refusent tout accord, le partenaire ou concubin survivant peut se retrouver bloqué pendant des années. Le maintien indivis peut être demandé en justice, mais la sortie forcée de l’indivision (licitation) reste possible à la demande de tout indivisaire. Il est vivement recommandé de consulter un notaire dès les premières tensions pour évaluer les options : rachat des parts, convention d’indivision temporaire, ou vente amiable avec partage du produit.
Erreurs fréquentes à éviter
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Croire que le Pacs offre les mêmes droits que le mariage en matière de succession. Le partenaire pacsé n’hérite de rien sans testament, contrairement au conjoint marié qui bénéficie d’une part réservataire ou d’un usufruit selon les cas.
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Ne pas vérifier l’existence d’un testament avant de se croire sans droits. De nombreux partenaires ignorent qu’un testament a été déposé chez un notaire ou au fichier central. Cette vérification est gratuite et doit être systématique.
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Continuer à occuper le logement sans statut juridique clair. Passé le délai d’un an pour le partenaire pacsé, l’occupation sans titre peut être qualifiée d’occupation sans droit ni titre, exposant à une demande d’indemnité d’occupation voire à une expulsion par les héritiers.
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Oublier de notifier le bailleur du décès en cas de bail commun. Le défaut de notification rapide peut compliquer la régularisation du bail et retarder la perception des aides au logement.
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Payer les frais de succession ou les dettes du défunt sans y être tenu. Le partenaire pacsé ou concubin n’est jamais tenu des dettes successorales, sauf s’il accepte expressément la succession (ce qui suppose qu’il y ait été appelé par testament). En cas de pression des créanciers, consulter immédiatement un notaire.
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Ne pas désigner de bénéficiaire sur l’assurance-vie ou le contrat de prévoyance. L’absence de clause bénéficiaire précise fait basculer le capital dans la succession, privant le partenaire ou concubin de tout avantage. La désignation doit être nominative et actualisée régulièrement.
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Se priver d’un accompagnement juridique par souci d’économie. Les enjeux patrimoniaux (logement, comptes joints, indivision) justifient presque toujours l’intervention d’un notaire, même en l’absence de testament. Retarder cette démarche peut coûter bien plus cher à moyen terme.
Comment vérifier votre situation et obtenir des informations officielles
Pour clarifier vos droits effectifs après le décès de votre partenaire pacsé ou concubin, commencez par consulter le Fichier central des dispositions de dernières volontés géré par le notariat. Cette recherche, gratuite pour les ayants droit, permet de savoir si un testament a été déposé et chez quel notaire. Si vous êtes locataire, rapprochez-vous de votre bailleur muni de l’acte de décès et, le cas échéant, du certificat de Pacs, pour demander la régularisation du bail.
Pour toute question fiscale (droits de succession, taxation d’une assurance-vie, abattements applicables), consultez la rubrique dédiée sur impots.gouv.fr ou prenez rendez-vous avec le centre des finances publiques dont dépendait le défunt. Les services fiscaux peuvent vous indiquer les déclarations à remplir et les exonérations éventuelles (notamment l’exonération totale pour le partenaire pacsé en cas de legs testamentaire).
En matière de droits sociaux (capital décès, maintien de certaines prestations), connectez-vous à votre compte ameli.fr ou contactez votre caisse primaire d’assurance maladie. Pour les questions de retraite ou de réversion (très limitées dans votre cas), le site info-retraite.fr centralise les informations sur les régimes obligatoires.
Enfin, pour sécuriser votre situation patrimoniale, notamment en présence de biens en indivision, prenez rendez-vous avec un notaire. Vous pouvez également consulter notre guide sur les droits du conjoint survivant pour mesurer l’écart de protection avec le mariage, et notre article sur l’assurance-vie après décès pour optimiser la récupération des capitaux qui vous seraient destinés.
Questions fréquentes complémentaires
Le partenaire pacsé doit-il payer les frais d’obsèques ?
Le partenaire pacsé n’est pas légalement tenu de régler les frais d’obsèques, sauf s’il les a engagés volontairement. Ces frais, considérés comme dette de la succession, doivent en principe être prélevés sur l’actif successoral avant tout partage. En pratique, le partenaire survivant paie souvent par avance et demande ensuite le remboursement aux héritiers ou au notaire en charge de la succession.
Peut-on contester un testament qui déshérite les enfants au profit du partenaire pacsé ?
Les enfants du défunt, s’ils existent, bénéficient d’une réserve héréditaire que le testament ne peut pas entamer. Le partenaire pacsé ne peut donc recevoir par legs que la quotité disponible (la moitié des biens en présence d’un enfant, un tiers en présence de deux enfants, un quart au-delà). Tout legs excédant cette quotité peut être réduit en justice à la demande des héritiers réservataires. Le recours à un notaire lors de la rédaction du testament permet d’éviter ce type de conflit.
Le concubin peut-il demander une prestation compensatoire après le décès ?
Non. La prestation compensatoire est une disposition propre au divorce, réservée aux couples mariés. Le concubin, n’étant ni marié ni divorcé, ne peut prétendre à aucune compensation financière de ce type après le décès de son partenaire. Seule une action en reconnaissance de société de fait ou en enrichissement sans cause, très difficile à prouver, pourrait dans de rares cas donner lieu à une indemnisation, mais elle ne se confond en rien avec une prestation compensatoire.
Que se passe-t-il si le défunt avait contracté des dettes importantes ?
Le partenaire pacsé ou concubin n’est jamais personnellement responsable des dettes du défunt, sauf engagement de caution ou co-emprunteur sur un crédit. Les créanciers doivent se tourner vers la succession. Si celle-ci est insuffisante, les héritiers peuvent renoncer à la succession ou l’accepter à concurrence de l’actif net, ce qui limite leur responsabilité. Le partenaire survivant, n’étant pas héritier, n’a aucune obligation de régler ces dettes et ne doit jamais céder à la pression des créanciers sans conseil juridique.
FAQ
Le Pacs ouvre-t-il un droit à la pension de réversion ?
Non, dans la quasi-totalité des régimes. La pension de réversion est en principe réservée aux conjoints mariés. Quelques rares régimes spéciaux peuvent prévoir des aménagements, à vérifier au cas par cas.
Le concubin survivant peut-il rester dans le logement ?
Cela dépend de la situation : si le bail était cotitulaire, oui. Si le défunt était propriétaire, le concubin n’a pas de droit automatique et doit négocier avec les héritiers ou s’appuyer sur un testament. Dans certains cas, la loi prévoit un transfert de bail au concubin notoire.
Que devient le Pacs si l’un des partenaires décède ?
Le Pacs prend fin de plein droit au décès. La mairie qui a enregistré le Pacs est informée par les services de l’état civil. Aucune démarche du survivant n’est requise pour la dissolution.
Peut-on léguer toute sa succession à son partenaire pacsé ?
Oui, mais dans la limite de la quotité disponible : si le défunt a des descendants ou un conjoint marié, une part du patrimoine leur est réservée légalement. La quotité disponible (la part librement attribuable par testament) varie selon la composition de la famille.
L’assurance-vie est-elle imposable pour un concubin bénéficiaire ?
Selon les règles fiscales en vigueur, les capitaux versés à un bénéficiaire concubin sont imposés selon le régime de l’assurance-vie (abattement individuel + taxation au-delà), à un taux plus favorable que les droits de succession entre non-parents. Détails sur impots.gouv.fr.
En résumé
Trois points à retenir :
- Sans testament, le partenaire pacsé et le concubin n’héritent de rien
- Le partenaire pacsé a quelques protections (droit temporaire au logement, fiscalité favorable sur legs et assurance-vie). Le concubin est très peu protégé
- L’anticipation du vivant (testament, assurance-vie, achat en indivision avec clause de tontine) reste la seule vraie protection
Si vous êtes en situation de pacs ou concubinage, prenez rendez-vous avec un notaire avant qu’un drame n’arrive. C’est l’investissement le plus rentable que vous puissiez faire pour votre couple.
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Sources officielles à consulter
- service-public.gouv.fr — portail officiel de l'administration française
- impots.gouv.fr — déclaration de succession, droits de succession, déclaration de revenus du défunt
- ameli.fr — capital décès Sécurité sociale et droits des ayants droit
- info-retraite.fr — pension de réversion, tous régimes
- adsn.notaires.fr/fcddvPublic/ — fichier central des dispositions de dernières volontés