Faire son deuil, ce n'est pas oublier. C'est apprendre à vivre avec l'absence. Le deuil n'avance pas le long d'un escalier bien rangé : il va et il vient, sur une durée qui n'appartient qu'à vous. Aucun calendrier ne s'impose, et un accompagnement reste possible si la souffrance s'installe sans s'apaiser.
Vous cherchez « comment faire son deuil », et vous tombez sûrement, comme tant d'autres, sur des phrases qui se contredisent : « il faut tourner la page », « le temps fait son œuvre », « tu devrais aller mieux maintenant ». Même dites avec tendresse, ces phrases ajoutent une pression à une épreuve qui n'en demandait pas.
Ici, je vous propose autre chose. Comprendre ce qui se passe vraiment quand on est en deuil. Savoir que ce que vous ressentez est normal. Et avancer à votre rythme, sans mode d'emploi imposé, sans calendrier. Des repères honnêtes, et quelques pistes concrètes pour traverser.
Qu'est-ce que « faire son deuil » veut vraiment dire ?
Le deuil est un processus d'adaptation psychique à une perte. Ce n'est pas une tâche à accomplir, ni une case à cocher. C'est ce long travail intérieur par lequel on réorganise sa vie, ses repères et son identité autour d'une absence devenue irréversible.
L'expression « faire son deuil » est d'ailleurs un peu trompeuse. Le verbe « faire » laisse croire à une action volontaire, avec un début et une fin nette. Or le deuil n'obéit pas à la volonté. On ne décide pas de l'accélérer, et on ne le « réussit » pas comme on réussit un examen. Il se vit, par vagues, et il se transforme avec le temps.
Faire son deuil n'est pas « tourner la page »
Faire son deuil ne veut pas dire oublier, ni cesser d'aimer la personne disparue. Le but n'est pas l'effacement, c'est l'intégration : trouver une place intérieure pour ce lien, une place qui ne fait plus seulement souffrir.
L'injonction sociale à « passer à autre chose » repose sur un malentendu. On ne tourne pas la page d'une personne aimée. On apprend, lentement, à porter son absence sans qu'elle écrase tout le reste. Le souvenir reste là ; il devient seulement plus supportable. Continuer à penser au défunt, à lui parler, à garder des objets ou des rituels, ce n'est pas un signe qu'on « n'avance pas ». C'est, au contraire, une façon saine de garder un lien apaisé.
Les étapes du deuil : entre le modèle connu et ce que dit la recherche aujourd'hui
C'est sans doute la première chose que vous cherchez : quelles sont les étapes du deuil ? Le modèle le plus connu existe, il aide à mettre des mots sur certaines émotions, mais la recherche d'aujourd'hui le nuance beaucoup. Voici les deux faces de la question.
Les 5 étapes du deuil selon Kübler-Ross (et les 7 souvent citées)
Le modèle le plus répandu a été formulé par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross. Il décrit cinq phases :
- Le déni, refus ou incapacité à réaliser la réalité de la perte.
- La colère, révolte, sentiment d'injustice, parfois dirigé contre soi, les autres ou la personne disparue.
- Le marchandage, ces tentatives mentales de « négocier » (« si seulement… »), la recherche de ce qui aurait pu être fait autrement.
- La dépression, tristesse profonde, repli, prise de conscience de l'ampleur de la perte.
- L'acceptation, qui n'est pas l'oubli, mais une forme d'apaisement où l'on apprend à vivre avec l'absence.
Certaines présentations en comptent sept, en ajoutant le choc ou la sidération tout au début, et la reconstruction à la fin. Voilà pourquoi on parle tantôt de « 5 étapes du deuil », tantôt de « 7 étapes du deuil ». Le fond reste le même.
Pourquoi le deuil ne se vit pas en ligne droite
Ce modèle aide à reconnaître ses émotions, mais il faut savoir ce qu'il n'est pas. Deux nuances comptent, souvent absentes des pages qui le récitent comme une vérité gravée dans le marbre.
D'abord, à l'origine, Elisabeth Kübler-Ross décrivait des phases observées chez des personnes en fin de vie, face à l'annonce de leur propre mort, pas chez les proches endeuillés. Le modèle a ensuite été appliqué au deuil de l'entourage, par extension, alors que ce n'était pas son objet de départ.
Ensuite, la recherche d'aujourd'hui montre que le deuil ne se vit pas en escalier. Les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut ont proposé le modèle du double processus : la personne endeuillée oscille sans cesse entre des moments tournés vers la perte (chagrin, souvenirs, émotions) et des moments tournés vers la vie qui continue (gérer le quotidien, se reconstruire, faire des projets). Ce va-et-vient n'est pas un désordre : c'est précisément ce qui permet d'avancer.
Concrètement, ça veut dire que retrouver de la colère après avoir cru atteindre l'acceptation n'est pas une rechute. Pleurer six mois après, alors qu'on allait mieux, n'est pas « régresser ». Le deuil n'est pas une ligne droite qu'on remonte une fois pour toutes : c'est un mouvement, avec des hauts, des bas, et des résurgences qu'on ne voit pas venir. Le savoir évite une souffrance inutile, celle de croire qu'on « fait mal son deuil ».
Combien de temps dure un deuil ?
C'est l'autre grande question, et la réponse honnête, c'est qu'il n'existe pas de durée standard. Aucun calendrier ne s'impose, et quiconque vous donne un chiffre précis se trompe.
On peut quand même poser quelques repères. La douleur la plus aiguë se concentre en général dans les premiers mois, quand l'absence est la plus brutale et la plus quotidienne. Vient ensuite, le plus souvent, un apaisement progressif, pas linéaire mais perceptible sur la durée, entrecoupé de résurgences aux dates importantes (anniversaires, fêtes, saisons). Sur le long terme, ce qu'on observe, ce n'est pas la disparition du manque, mais sa transformation : il devient moins envahissant, plus vivable.
Il existe tout de même un repère du côté clinique. Quand la souffrance reste aussi intense et invalidante au-delà de six à douze mois, sans aucune amélioration, et qu'elle empêche durablement de fonctionner, on parle de trouble du deuil prolongé, repéré à partir de 6 mois selon la classification internationale CIM-11, et de 12 mois chez l'adulte selon le DSM-5-TR. Ce repère n'est pas un compte à rebours : la plupart des personnes ne sont pas concernées. C'est juste un signal qui invite, si besoin, à reconnaître un deuil qui se complique et à en parler à un professionnel.
Ce qui influence la durée (lien, circonstances, ressources)
La durée et l'intensité d'un deuil tiennent à beaucoup de choses, et aucun lien n'est, par principe, « plus difficile » qu'un autre. Parmi ce qui pèse :
- Les circonstances du décès : une mort soudaine, violente ou particulièrement injuste laisse souvent une trace plus longue qu'une fin attendue.
- Le soutien autour de soi : se sentir entouré, écouté, fait une vraie différence.
- Les deuils accumulés : plusieurs pertes rapprochées, ou un deuil qui en réveille d'autres, allongent le chemin.
- L'état antérieur : une fragilité psychologique déjà présente (anxiété, dépression) peut rendre la traversée plus rude.
- Le lien et l'histoire partagée : la place qu'occupait la personne dans la vie quotidienne, plus que la nature du lien lui-même.
Ce qui aide vraiment à traverser le deuil
Il n'y a pas de recette miracle, et personne ne peut « réparer » un deuil à votre place. Mais certaines choses, simples, aident vraiment à tenir et à avancer. À prendre à votre rythme, sans vous en faire une obligation de plus.
Mettre des mots sur ce qu'on ressent
Parler de ce qu'on traverse, à un proche, à un professionnel, à un groupe, soulage la pression intérieure. Et si parler est trop dur, l'écriture est une alternative précieuse : noter ce qui passe, sans souci de forme. Tenir un journal de deuil permet de déposer des émotions qui tournent en boucle, et de relire, plus tard, le chemin parcouru.
Prendre soin du corps : sommeil, mouvement, alimentation
Le deuil n'est pas qu'une affaire d'émotions, il s'inscrit aussi dans le corps. La fatigue qui écrase, l'appétit qui se dérègle, et surtout un sommeil bouleversé après un décès, tout cela est extrêmement fréquent. Sans vous forcer, essayez de garder quelques repères : un peu de marche, de la lumière du jour, des repas même légers, des heures de coucher à peu près régulières. Ça soutient l'énergie psychique, qui est déjà très sollicitée.
Garder un lien apaisé avec le défunt (rituels, dates)
Garder un lien avec la personne disparue n'empêche pas d'avancer, et ça peut même aider. Un rituel personnel, un objet conservé, une lettre écrite, une habitude qu'on perpétue, un lieu où l'on se recueille : chacun trouve sa forme. Les dates anniversaires sont souvent redoutées. Les anticiper, choisir à l'avance comment on souhaite les vivre (seul, entouré, ou en s'autorisant à les laisser passer), aide à les traverser avec moins d'angoisse.
Accepter l'aide : proches, groupes de parole, professionnels
Demander de l'aide n'est pas une faiblesse. C'est même souvent ce qui change tout. Les proches peuvent porter une partie de la charge, à condition de leur dire ce dont vous avez besoin. Les groupes de parole permettent de se sentir compris par d'autres personnes endeuillées : en France, des associations comme Vivre son deuil, Empreintes ou la JALMALV en proposent.
Côté professionnel, consulter un psychologue est légitime dès qu'on en ressent le besoin. Le dispositif « Mon soutien psy » de l'Assurance Maladie donne accès, sans ordonnance, à un nombre de séances remboursées chaque année avec un psychologue partenaire (modalités à jour à vérifier sur ameli.fr). Les centres médico-psychologiques (CMP) proposent par ailleurs un accompagnement gratuit.
Faire son deuil selon le lien : quelques repères
Chaque deuil est singulier, et aucun ne mérite plus d'attention qu'un autre. Voici quelques repères, sans hiérarchie.
Le deuil d'un parent
Perdre son père ou sa mère, c'est souvent perdre un repère fondateur, parfois la dernière génération qui nous précédait. Même attendu après une longue maladie, ce deuil peut faire vaciller son propre rapport au temps et sa place dans la famille.
Le deuil d'un conjoint ou d'une conjointe
Perdre la personne avec qui on partageait le quotidien bouleverse à la fois le présent et tous les projets imaginés. À la peine s'ajoute souvent une réorganisation complète de la vie pratique et sociale. Des parcours de reconstruction après un veuvage montrent qu'un nouvel équilibre, à son rythme, reste possible.
Le deuil d'un enfant
C'est l'une des pertes les plus contraires à l'ordre attendu des choses, et il n'existe aucun mot juste pour la décrire. Le chagrin peut s'installer dans la durée, et chaque parent le vit à sa manière, parfois différemment au sein d'un même couple. Un accompagnement spécialisé est souvent précieux.
Le deuil d'un frère, d'une sœur, d'un ami
Ces deuils sont parfois dits « invisibles » : l'entourage les reconnaît moins, et la personne endeuillée se sent moins légitime à souffrir. Pourtant, perdre une sœur, un frère, un ami proche, un beau-parent ou un grand-parent laisse un vide bien réel. Toute peine liée à une perte est légitime, qu'elle soit reconnue ou non par les autres.
Quand le deuil se complique : reconnaître les signaux
Dans la grande majorité des cas, le deuil se traverse sans soin spécialisé. Mais certains signaux doivent alerter : une souffrance qui ne diminue pas du tout après six à douze mois, une incapacité durable à reprendre une vie quotidienne ou professionnelle, un isolement total, ou des idées noires et des pensées suicidaires.
Si ces signaux sont là, ce n'est pas un « échec ». C'est simplement le signe qu'un accompagnement est nécessaire. Pour mieux saisir la frontière entre un deuil intense mais normal et un deuil qui demande une prise en charge, notre article dédié vous aide à reconnaître un deuil qui se complique. En cas de détresse immédiate ou d'idées suicidaires, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, est joignable gratuitement 24h/24.
Le deuil, ce n'est pas que les émotions : les démarches qui pèsent
Il y a une dimension du deuil dont on parle peu, et qui pèse pourtant lourd : les démarches. Organiser les obsèques, prévenir les organismes, gérer les comptes et contrats de la personne disparue, faire valoir ses droits, engager une succession… Tout cela arrive au pire moment, quand l'énergie manque le plus.
Cette charge administrative complique le deuil de deux façons opposées. Pour certains, elle devient une fuite : on s'enfouit dans les papiers pour ne pas ressentir. Pour d'autres, elle ajoute un épuisement à l'épuisement, avec la peur permanente d'oublier une formalité ou de manquer un délai. Dans les deux cas, alléger cette charge libère de l'espace pour le travail émotionnel, qui est le vrai cœur du deuil. Si vous vous sentez submergé, savoir quoi faire après le décès d'un proche aide déjà à reprendre pied.
C'est précisément là que HelloMathilde intervient. Son plan personnalisé pose l'ensemble des démarches, dans l'ordre, pour qu'aucune ne soit oubliée, et pour que vous gardiez votre énergie pour l'essentiel. Pas pour remplacer la traversée émotionnelle, mais pour en retirer le poids logistique.
Conclusion
Le deuil n'a pas de mode d'emploi unique. Pas d'étapes à valider dans l'ordre, pas de durée à respecter. Il a un rythme, le vôtre. Faire son deuil, ce n'est pas oublier ni « tourner la page » : c'est apprendre, peu à peu, à vivre avec une absence, jusqu'à ce qu'elle pèse moins.
Et quelle que soit la forme que prend votre chemin, demander de l'aide, émotionnelle auprès de proches ou de professionnels, ou pratique pour les démarches, n'est jamais une faiblesse. C'est, souvent, ce qui permet de tenir.
Questions fréquentes
Quelles sont les étapes du deuil ?
Le modèle le plus connu, formulé par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, décrit cinq phases : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation. Certaines présentations en ajoutent deux, le choc initial et la reconstruction finale, d'où les « 7 étapes » souvent citées. Mais la recherche d'aujourd'hui rappelle que ces phases ne se succèdent pas en ligne droite : on passe de l'une à l'autre par allers-retours, à son propre rythme.
Combien de temps faut-il pour faire son deuil ?
Il n'existe pas de durée standard. La douleur la plus aiguë se concentre souvent dans les premiers mois, puis s'apaise progressivement, avec des résurgences aux dates importantes. La durée dépend du lien, des circonstances et des ressources de chacun. Si la souffrance reste aussi intense après six à douze mois sans aucune amélioration, il est conseillé d'en parler à un professionnel.
Comment savoir si on a fait son deuil ?
Faire son deuil ne veut pas dire oublier. Les repères d'un cheminement apaisé : pouvoir évoquer la personne disparue sans s'effondrer à chaque fois, retrouver ponctuellement du plaisir, se projeter à nouveau dans des projets. Le souvenir reste, mais il devient moins envahissant et plus supportable.
Est-ce normal de ne ressentir aucune émotion après un décès ?
Oui. La sidération et l'absence de larmes sont des réactions de protection fréquentes, surtout après une annonce brutale ou une longue maladie. L'absence de pleurs ne signifie pas l'absence de chagrin. Si une anesthésie émotionnelle totale persiste plusieurs mois avec une détresse réelle, un accompagnement peut aider.
Faut-il consulter un professionnel pour faire son deuil ?
Pas systématiquement : la plupart des deuils se traversent avec le soutien des proches. Mais consulter est légitime dès qu'on en ressent le besoin, et recommandé en présence de signaux d'alerte : souffrance qui ne diminue pas, idées noires, incapacité durable à fonctionner. En France, le dispositif « Mon soutien psy », les centres médico-psychologiques et les associations de deuil sont accessibles.
Pour aller plus loin
- Comment tenir un journal de deuil : méthodes et bénéfices
- Deuil traumatique vs deuil normal : différences et signaux
- Le sommeil après un décès : ce qui aide vraiment
- Faire le deuil de son parent : avancer à votre rythme
Sources officielles à consulter
- service-public.gouv.fr · portail officiel de l'administration française
- impots.gouv.fr · déclaration de succession, droits de succession, revenus du défunt
- ameli.fr · capital décès Sécurité sociale et droits des ayants droit
- info-retraite.fr · pension de réversion, tous régimes
- adsn.notaires.fr · fichier central des dispositions de dernières volontés