Ce sujet fait partie de notre Guide complet de la succession en Belgique 2026, qui couvre les étapes après un décès : démarches, organismes, délais, fiscalité.
Vous venez de perdre un proche, et au milieu de tout ce qu'il y a à gérer, il y a cet animal qui attend. Un chien qui cherche son maître, un chat un peu perdu, un lapin, un oiseau. Lui aussi a perdu quelqu'un. Et vous vous demandez ce que vous avez le droit de faire, ce que vous devez faire, et à qui il revient désormais.
En Belgique, le sort de l'animal est encadré par le droit, mais les solutions existent et restent simples dans la plupart des cas. Voici de quoi y voir clair, sans vous noyer.
Le statut de l'animal en Belgique
Depuis la réforme du Code civil (2020-2021), les animaux sont reconnus comme des êtres vivants dotés de sensibilité. C'est une vraie avancée. Mais au moment du décès, ils restent juridiquement la propriété du défunt. Concrètement, l'animal entre dans la succession comme les autres biens : on parle d'un actif de la succession.
Une chose à savoir tout de suite : en Belgique, un animal ne peut pas hériter. Contrairement à certains pays comme le Brésil, vous ne pouvez pas désigner votre chat ou votre chien comme héritier. Pour assurer sa prise en charge, on passe par des mécanismes indirects comme le testament à charge ou le legs avec charge, dont je vous parle plus bas.
L'animal dans la succession
Il est inscrit à l'inventaire
Au décès, le notaire ou les héritiers établissent l'inventaire des biens. L'animal y figure, avec une description (race, âge, identification, état de santé). Sa valeur retenue pour le partage est souvent symbolique. Pensez à rassembler les documents qui vont avec : le carnet de santé, le certificat d'identification (la puce électronique) et, le cas échéant, le passeport européen pour animaux.
Accepter ou répudier
Comme pour tout bien de la succession, trois choix existent :
- Acceptation pure et simple : l'héritier reprend l'animal avec les obligations qui vont avec.
- Acceptation sous bénéfice d'inventaire : elle limite votre responsabilité aux biens reçus.
- Répudiation : l'héritier ne prend rien, ce qui arrive souvent quand la succession est déficitaire.
Qui garde l'animal
Le plus souvent, un héritier se propose et tout se règle à l'amiable. En cas de désaccord, on passe par la médiation, le notaire, ou une décision à la majorité.
Le testament à charge
D'après Belfius (belfius.be, Que deviendra votre animal lorsque vous décédez) et Droits Quotidiens, votre proche a pu rédiger un testament à charge. C'est le moyen le plus sûr d'organiser l'avenir d'un animal de son vivant.
Le principe est simple : on indique dans le testament quel héritier sera chargé de s'occuper de l'animal, on prévoit une somme d'argent pour son entretien (nourriture, soins vétérinaires, hébergement), et on désigne un exécuteur testamentaire (un membre de la famille, un notaire, un avocat) qui veillera à ce que tout soit respecté.
L'intérêt, c'est qu'il offre une vraie sécurité : les proches savent quoi faire, le repreneur sait à quoi s'attendre, et la somme léguée couvre les frais. Si vous pensez vous-même à protéger votre animal un jour, gardez en tête qu'il vaut mieux discuter à l'avance avec la personne ou l'association choisie, et revoir le testament quand votre vie change (nouvel animal, déménagement).
Le mandat extra-judiciaire
Le mandat extra-judiciaire (Code civil belge, articles 489 et suivants) permet d'organiser la gestion de son patrimoine et de ses animaux en cas d'incapacité, donc avant le décès.
Pour un animal, on désigne un mandataire chargé de sa prise en charge, en précisant qui s'en occupe, où, et avec quel budget. Le mandat s'active sur présentation d'un certificat médical d'incapacité.
Les solutions concrètes après le décès
Un proche le prend
C'est la voie la plus simple quand un accord familial existe. Côté démarches, il faut transférer l'identification électronique auprès du DG Animal ou du registre BeFido / BeChat de la région. On vous demandera l'acte de décès et une nouvelle déclaration de propriétaire.
L'adoption via un refuge
Si personne ne peut le garder, les refuges sont là. Parmi les principaux en Belgique :
- Société Royale Protectrice des Animaux (SRPA), avec des implantations importantes à Bruxelles, Liège, Charleroi et Anvers
- VAW (Vlaamse Animal Welzijn), en Flandre
- Animal Sans Toit, un réseau associatif
- Les refuges locaux de chaque commune
Pour la démarche, contactez le refuge avec l'acte de décès et l'identification de l'animal. La prise en charge est souvent gratuite (parfois un don symbolique est demandé). Certains refuges proposent même un suivi et acceptent l'adoption sous conditions.
Une famille d'accueil temporaire
Le temps de trouver un adoptant, l'animal peut être placé en famille d'accueil, via des associations spécialisées (Animal Sans Toit, Réseau d'accueil félin), des pet sitters professionnels (payés par la succession), ou parfois le vétérinaire traitant, qui assure un service de garde temporaire.
Quelques situations particulières
En Wallonie, l'animal peut reposer avec son maître
Depuis le 1er septembre 2024, en Wallonie, les récipients contenant les cendres d'animaux de compagnie peuvent être enterrés avec leurs propriétaires décédés (rtbf.be, article 2026). Cela concerne uniquement les cendres, pas le corps de l'animal. L'inhumation peut être simultanée ou par dépôt ultérieur, et la démarche se fait auprès de la commune et du fossoyeur.
Un animal âgé ou malade
Si l'animal est en fin de vie, une évaluation vétérinaire aide à décider de la suite, entre soins palliatifs ou euthanasie, toujours en accord avec le repreneur et la famille.
Un animal qui venait d'un refuge
Vérifiez le contrat d'adoption : il contient souvent une clause demandant que l'association soit prévenue du décès du propriétaire. Si aucun héritier ne peut le reprendre, une restitution au refuge reste possible.
Les démarches administratives
Mettre à jour BeFido / BeChat
C'est le registre national d'identification (les chiens depuis 1998, les chats depuis 2018, obligatoire en Wallonie et à Bruxelles). Le nouveau propriétaire doit s'y déclarer dans les 30 jours. Comptez environ 10 à 15 € de frais administratifs.
Le passeport européen
Conservez le passeport vétérinaire de l'animal, utile s'il voyage un jour à l'étranger, et veillez à garder ses vaccins à jour.
L'assurance santé de l'animal
Si votre proche avait souscrit une assurance santé pour son animal, vous pouvez soit résilier le contrat, soit le transférer au nouveau propriétaire, selon les conditions de l'assureur.
Si l'animal s'éteint à son tour
Il arrive qu'un animal décède peu après son maître, par stress ou par l'âge. Dans ce cas, plusieurs options : l'enlèvement par la société d'équarrissage (gratuit pour un animal trouvé), la crémation individuelle ou collective (entre 50 et 300 € selon les options), ou un cimetière pour animaux, dont plusieurs existent en Belgique, notamment près de Bruxelles.
Questions fréquentes
Mon parent décédé avait un chien, je ne peux pas le prendre. Que faire ?
Contactez rapidement un refuge (SRPA, VAW, ou un refuge local) avec l'acte de décès et l'identification de l'animal, et demandez si l'adoption ou la prise en charge est possible. En attendant, voyez avec un proche ou une famille d'accueil pour qu'il soit gardé. Personne ne vous reprochera de ne pas pouvoir le prendre, l'essentiel est qu'il soit en sécurité.
Le défunt a légué une somme à un voisin pour s'occuper de son chien. Est-ce valable ?
Oui. C'est un legs avec charge, parfaitement valable en Belgique. Le voisin accepte à la fois le legs et la charge d'entretenir l'animal. Un exécuteur testamentaire désigné, ou les héritiers, peuvent veiller à ce que la charge soit bien respectée.
Plusieurs héritiers veulent le chien. Comment décider ?
Passez par une médiation, avec le notaire ou un médiateur familial. Le bon critère, c'est qui peut offrir les meilleures conditions de vie : espace, temps disponible, expérience avec les animaux, moyens. Si vraiment personne ne s'accorde, la vente ou le placement en refuge évite que le conflit ne s'éternise.
Qui paie les soins vétérinaires pendant la succession ?
La personne qui garde l'animal temporairement les avance, puis se fait rembourser sur la succession. Gardez bien toutes les factures vétérinaires, elles serviront de preuve.
En résumé
- En Belgique, l'animal est un actif de la succession (Code civil).
- L'accord amiable, où un héritier le reprend, reste la solution la plus simple.
- Les refuges (SRPA, VAW, associations locales) prennent le relais quand aucune solution familiale n'existe.
- Pour protéger son animal de son vivant, on s'appuie sur le testament à charge et le mandat extra-judiciaire.
- Depuis 2024, en Wallonie, les cendres de l'animal peuvent reposer avec son propriétaire.
- La mise à jour de l'identification BeFido / BeChat est obligatoire dans les 30 jours après le changement de propriétaire.
Pour aller plus loin
- Accepter ou renoncer à une succession en Belgique : 3 options
- Testament en Belgique : 3 formes reconnues et comment choisir
- Que faire après le décès d'un proche en Belgique : par où commencer ?
- Organiser les funérailles en Belgique : par où commencer
- Certificat d'hérédité en Belgique : avez-vous besoin d'un notaire ?
Sources officielles à consulter
- belgium.be · portail officiel des autorités belges
- finances.belgium.be · déclaration de succession et avoirs dormants (MyMinfin)
- socialsecurity.be · sécurité sociale et démarches après un décès
- sfpd.fgov.be · pension de survie et indemnité de funérailles (Service fédéral des Pensions)
- notaire.be · succession, certificat d'hérédité et déblocage des comptes