Cryptomonnaies et décès : comment transmettre ses actifs numériques

Vous détenez des cryptomonnaies et vous vous demandez ce qu'elles deviendront pour vos proches : c'est une vraie question de prévoyance, et vous faites bien de vous la poser tôt. Les cryptomonnaies entrent dans la succession comme les autres biens, mais leur transmission a une particularité : sans accès aux clés privées (ou au portefeuille), elles sont définitivement perdues, aucun tiers ne pouvant les récupérer. De votre vivant, vous pouvez donc faire l'inventaire de vos portefeuilles, sécuriser et transmettre l'accès aux clés sans les exposer, et veiller à ce que ces actifs soient déclarables le moment venu. En France, ils sont soumis aux droits de succession selon leur valeur au jour du décès (source : impots.gouv.fr).

Penser à tout cela de son vivant, c'est un cadeau qu'on fait aux siens. Contrairement à un compte bancaire, une cryptomonnaie n'a pas de « service client » capable de débloquer les fonds : si personne ne connaît les clés privées, les actifs deviennent inaccessibles à jamais. Pour qui détient des bitcoins, des ethers ou tout autre crypto-actif, anticiper n'est donc pas un luxe, c'est la seule façon d'éviter que ce patrimoine ne disparaisse au moment du décès. Ce guide relie les trois questions que l'on confond souvent : la sécurité des clés, l'entrée dans la succession et la fiscalité. Les règles citées sont en vigueur en 2026, et chaque point fiscal renvoie à la source officielle.

Pourquoi les cryptomonnaies sont un cas à part

Pas de tiers qui débloque : la clé privée fait foi

Avec une banque, en cas de décès, les héritiers présentent un acte de notoriété et la banque débloque les comptes. Rien de tel avec une cryptomonnaie auto-hébergée : la propriété se prouve par la clé privée (ou la phrase de récupération, dite seed phrase). Celui qui détient la clé contrôle les fonds ; personne d'autre, pas même un juge ou un notaire, ne peut forcer l'accès. C'est le principe même de la décentralisation décrit par l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Le risque n°1 : la perte définitive faute d'accès

La conséquence est nette. Si l'accès à vos cryptomonnaies n'a pas été organisé, elles ne sont pas « bloquées en attendant » : elles sont perdues. Elles restent visibles sur la blockchain, mais personne ne pourra plus les déplacer. De nombreux avoirs sont déjà inaccessibles dans le monde pour cette raison. Préparer l'accès est donc la première brique, avant même la question fiscale.

Les cryptomonnaies entrent-elles dans la succession ?

Un actif successoral comme un autre

Oui. Du point de vue du droit, un crypto-actif est un bien qui appartient à son titulaire : il fait partie de son patrimoine et entre dans sa succession au même titre qu'un compte-titres ou qu'un bien immobilier. Les notaires le confirment : les actifs numériques doivent être pris en compte dans le règlement de la succession (notaires.fr). Leur valorisation se fait à leur valeur au jour du décès, comme le reste de l'actif successoral.

L'obligation de déclaration

Parce qu'ils font partie de l'actif, les crypto-actifs doivent être déclarés dans la déclaration de succession. Les omettre n'est pas une option : c'est une obligation fiscale, et leur dissimulation expose aux mêmes redressements que pour tout autre bien. C'est aussi pour cela que l'inventaire de vos portefeuilles, réalisé de votre vivant, rend service à vos proches : sans liste, ils ignoreraient jusqu'à l'existence de ces avoirs. Voir à ce sujet l'ensemble de votre patrimoine numérique.

La fiscalité de la crypto en succession

Droits de succession sur les crypto-actifs

À la transmission par décès, les crypto-actifs sont soumis aux droits de succession, calculés selon le lien de parenté avec le défunt et après application des abattements en vigueur. La valorisation retenue est celle du jour du décès. Les barèmes, tranches et abattements évoluent : je ne les chiffre pas ici pour éviter toute erreur, et je vous renvoie à la grille officielle à jour sur impots.gouv.fr et à la doctrine fiscale (BOFiP). Le principe reste le même que pour la fiscalité de la transmission des autres actifs : abattement, puis barème progressif.

Plus-value et transmission : ne pas confondre

C'est la confusion la plus fréquente, et elle peut coûter cher. Il faut distinguer deux fiscalités totalement différentes :

Hériter de cryptomonnaies (droits de succession) et les revendre plus tard (plus-value) sont donc deux événements fiscaux distincts, qui peuvent l'un et l'autre s'appliquer. Les modalités exactes sont à vérifier sur impots.gouv.fr.

Comment transmettre l'accès à ses cryptos en sécurité

Anticiper, c'est régler la question de l'accès sans jamais exposer vos clés. Voici les étapes qui comptent.

Inventorier ses portefeuilles

Commencez par lister, pour vous-même, l'ensemble de vos avoirs : plateformes d'échange (exchanges) utilisées, portefeuilles logiciels (hot wallets) et portefeuilles matériels (hardware wallets). Cet inventaire indique se trouvent les actifs, pas comment y accéder. C'est lui que vos proches pourront retrouver le moment venu.

Sécuriser la clé privée ou la phrase de récupération (jamais en clair)

Règle de sécurité absolue : n'écrivez jamais votre clé privée ou votre phrase de récupération en clair dans un document consultable, ni dans un testament, ni dans une note conservée chez vous, ni dans un e-mail. Quiconque la lit peut vider vos avoirs immédiatement, de votre vivant comme après. L'objectif est de transmettre l'accès, pas le secret lui-même : conservez la phrase de récupération sur un support hors ligne (par exemple un portefeuille matériel et sa sauvegarde gardée séparément), et organisez sa transmission de façon à ce qu'elle ne soit réunie qu'au bon moment. Ce raisonnement vaut pour l'ensemble de vos accès numériques (mots de passe, comptes), à organiser dans la même logique de patrimoine numérique.

Désigner et informer une personne de confiance

Choisissez une personne de confiance et indiquez-lui où trouver les éléments d'accès, sans lui remettre le secret tant que ce n'est pas nécessaire. L'idée est qu'au moment du décès, vos héritiers sachent qu'il existe des cryptomonnaies, sachent où chercher, et puissent réunir les éléments, sans qu'aucune personne seule n'ait pu détourner les fonds entre-temps. Des services spécialisés dans la transmission d'actifs numériques existent ; ils sont cités ici à titre d'exemple, sans recommandation.

Exchanges centralisés : la procédure « succession » de la plateforme

Tout dépend de l'endroit où sont stockés vos crypto-actifs :

Si vos proches héritent un jour de cryptomonnaies

Vous pouvez aussi préparer le terrain en sachant à quoi ressemblera la marche à suivre pour vos proches, et leur transmettre ces repères. D'abord, identifier les portefeuilles : relevés, e-mails de plateformes, présence d'un portefeuille matériel, notes laissées à cet effet. Ensuite, retrouver les accès, clé privée pour un portefeuille auto-hébergé, ou enclenchement de la procédure de succession pour un compte sur exchange. Puis déclarer ces actifs dans la succession, valorisés au jour du décès. Enfin, garder en tête la fiscalité de cession : si vos héritiers revendent plus tard les cryptomonnaies, une plus-value pourra être imposable, distincte des droits de succession déjà réglés. Si l'actif et les dettes risquent d'être incertains, c'est aussi un moment où vos proches pourront s'informer sur le choix d'accepter ou de renoncer à la succession, et plus largement vous pouvez, dès aujourd'hui, préparer votre succession étape par étape.

Belgique, Suisse, Québec : ce qui change

La fiscalité française n'est pas universelle ; pour les crypto-actifs, les écarts entre pays sont importants. La logique de sécurité des clés, elle, reste la même partout.

Dans tous les cas : à vérifier auprès de l'autorité fiscale locale, car les règles évoluent.

Questions fréquentes

Que deviennent les cryptomonnaies à la mort de leur détenteur ?

Elles entrent dans la succession, mais ne sont accessibles qu'avec les clés privées ou via la procédure de succession de la plateforme. Sans accès aux clés d'un portefeuille auto-hébergé, les fonds sont définitivement perdus : aucun tiers ne peut les récupérer (notaires.fr). C'est pourquoi organiser cet accès de son vivant change tout.

Les cryptomonnaies entrent-elles dans la succession ?

Oui. Les crypto-actifs font partie du patrimoine de leur détenteur et doivent être déclarés dans la succession, valorisés à leur valeur au jour du décès (impots.gouv.fr).

Comment sont taxées les cryptomonnaies dans une succession en France ?

Elles sont soumises aux droits de succession selon le lien avec le défunt et après les abattements applicables. La fiscalité de la transmission ne doit pas être confondue avec celle de la plus-value, due lors d'une cession ultérieure. Les barèmes et abattements en vigueur sont à vérifier sur impots.gouv.fr et au BOFiP.

Comment transmettre ses clés privées en sécurité ?

Jamais en clair dans un document consultable comme un testament. Conservez la clé privée ou la phrase de récupération sur un support hors ligne (portefeuille matériel et sauvegarde gardée à part), ou passez par un service spécialisé, et indiquez seulement à une personne de confiance où trouver l'accès, sans lui remettre le secret tant que ce n'est pas nécessaire.

La fiscalité crypto en succession est-elle la même en Belgique, en Suisse et au Québec ?

Non. La Belgique applique des droits de succession régionaux, la Suisse des droits cantonaux variables (certains cantons exonèrent les héritiers directs), et le Québec n'a pas de droits de succession mais une disposition réputée à la juste valeur marchande. À vérifier auprès de l'autorité fiscale de chaque pays (SPF Finances, AFC, Revenu Québec).

Organiser la transmission de ses cryptomonnaies, c'est tenir deux fils à la fois : la sécurité des accès et le cadre successoral. Démêler ce qui relève de la clé privée, de la déclaration de succession ou de la plus-value de revente n'a rien d'évident, et c'est normal de vouloir y voir clair avant de se lancer. HelloMathilde vous aide, sur WhatsApp et en français, à savoir quelles démarches préparer et dans quel ordre, en citant toujours la source officielle, jamais un montant inventé, et en gardant trace de votre situation dans un bilan écrit à conserver. La fiscalité des actifs numériques évolue : pensez à vérifier chaque chiffre sur la source officielle à jour.

Pour aller plus loin

Sources officielles à consulter

Cet article est à titre informatif. HelloMathilde ne remplace ni un notaire, ni un avocat, ni un conseiller fiscal, ni un opérateur funéraire. En cas de doute sur votre situation, consultez un professionnel.