Assurance-vie pour transmettre : avant ou après 70 ans, ce qui change

L'assurance-vie permet de transmettre un capital largement hors succession. Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I du CGI) ; après 70 ans, c'est un abattement global de 30 500 € qui s'applique sur les primes, les intérêts restant exonérés (article 757 B). Ces montants sont en vigueur en 2026 ; chaque chiffre renvoie à la source officielle.

Vous y pensez de votre vivant, calmement, pour que vos proches soient protégés le jour venu. C'est une belle façon d'aimer les siens : leur épargner des questions là où il n'y aura que de la peine. Beaucoup de personnes ouvrent ou alimentent une assurance-vie en pensant d'abord épargner, sans toujours mesurer que c'est aussi l'un des outils les plus souples pour transmettre. La date des versements compte : le cap des 70 ans de l'assuré change le régime fiscal appliqué aux bénéficiaires. Ce guide explique, pas à pas, ce que change ce seuil et comment décider de vos versements en connaissance de cause. Il s'agit ici de la stratégie à mettre en place dès aujourd'hui ; pour comprendre ce que devient l'assurance-vie au moment du décès, nous avons un guide dédié.

Pourquoi l'assurance-vie est un outil de transmission de son vivant

L'assurance-vie n'est pas un produit successoral classique. Au décès de l'assuré, le capital est versé directement aux bénéficiaires désignés dans la clause bénéficiaire, en dehors de la succession dans la plupart des cas. Cela permet de transmettre à qui vous souhaitez, un enfant, un·e conjoint·e, un·e partenaire de PACS, un·e ami·e, un·e filleul·e ou un tiers, avec une fiscalité propre, distincte des droits de succession ordinaires.

Deux points sont essentiels à garder en tête. D'abord, l'assurance-vie n'est pas une donation : tant que vous êtes en vie, vous restez maître de votre contrat, vous pouvez le racheter, le modifier ou changer vos bénéficiaires. Ensuite, ce traitement « hors succession » n'est pas absolu : les primes manifestement exagérées au regard de vos facultés peuvent être réintégrées à la succession par les héritiers ou l'administration. Pour le reste, l'assurance-vie reste un cadre privilégié, à condition de comprendre la règle des 70 ans.

Avant 70 ans : l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (art. 990 I)

Comment fonctionne l'abattement par bénéficiaire

Pour les primes versées avant les 70 ans de l'assuré, c'est l'article 990 I du CGI qui s'applique. Chaque bénéficiaire désigné profite d'un abattement de 152 500 € : il peut recevoir jusqu'à ce montant en franchise de prélèvement (impots.gouv.fr : imposition des primes d'assurance-vie).

Le mot important est « par bénéficiaire ». Si vous désignez trois personnes, chacune dispose de son propre abattement de 152 500 €. C'est précisément ce qui rend l'assurance-vie efficace pour transmettre à plusieurs personnes : l'abattement n'est pas partagé, il se multiplie par le nombre de bénéficiaires.

Le prélèvement au-delà de l'abattement

Au-delà de l'abattement, la part de chaque bénéficiaire est soumise à un prélèvement spécifique, et non aux droits de succession classiques. D'après l'administration, la fraction excédant 152 500 € est taxée à 20 % jusqu'à 700 000 €, puis à 31,25 % au-delà (impots.gouv.fr ; art. 990 I CGI). Ces seuils et taux sont à vérifier sur la source officielle, car ils peuvent évoluer en loi de finances.

À titre d'illustration : un bénéficiaire qui reçoit 200 000 € issus de primes versées avant 70 ans serait taxé non pas sur 200 000 €, mais sur la part dépassant l'abattement, soit 47 500 €. C'est un exemple pédagogique, à valider selon votre situation réelle.

Après 70 ans : l'abattement global de 30 500 € (art. 757 B)

Un abattement global, tous bénéficiaires confondus

Pour les primes versées après les 70 ans de l'assuré, le régime change : c'est l'article 757 B du CGI qui s'applique. L'abattement n'est plus de 152 500 € par personne, mais d'un montant global de 30 500 €, tous bénéficiaires et tous contrats confondus pour un même assuré (impots.gouv.fr).

Au-delà de ces 30 500 €, la fraction des primes est soumise aux droits de mutation par décès, calculés selon le lien de parenté entre l'assuré et le bénéficiaire, comme dans une succession ordinaire. L'abattement étant unique et partagé, il se consomme plus vite que celui d'avant 70 ans.

Les intérêts et gains restent exonérés

C'est le point le plus souvent mal compris, et il est favorable au bénéficiaire. Pour les primes versées après 70 ans, on retient uniquement les primes versées, et non la valeur du contrat au décès. Autrement dit, les intérêts et plus-values générés par ces primes sont exonérés (impots.gouv.fr ; art. 757 B CGI).

Concrètement, si vous versez une prime après 70 ans et que ce capital fructifie pendant plusieurs années, seul le montant versé entre dans l'assiette taxable au-delà de 30 500 € ; tout ce que le contrat a produit en plus échappe à l'impôt. C'est ce qui explique qu'il reste souvent pertinent de continuer à alimenter un contrat après 70 ans, malgré l'abattement réduit.

Tableau récapitulatif : avant ou après 70 ans

Le tableau ci-dessous résume les deux régimes. Chaque ligne renvoie à sa base légale ; les montants sont en vigueur en 2026 et à reconfirmer sur impots.gouv.fr.

Âge de l'assuré au versementAbattementAssiette taxée au-delàBase légale
Avant 70 ans152 500 € par bénéficiairePrélèvement de 20 % puis 31,25 % sur la part de chaque bénéficiaire excédant l'abattementArt. 990 I CGI
Après 70 ans30 500 € global (tous bénéficiaires et contrats confondus)Droits de succession selon le lien de parenté, sur les primes au-delà de l'abattement, les intérêts restant exonérésArt. 757 B CGI

Stratégie : comment et quand alimenter son contrat

Profiter de l'abattement avant 70 ans

L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire étant le plus généreux, beaucoup de stratégies patrimoniales consistent à alimenter le contrat avant 70 ans, surtout lorsqu'on souhaite transmettre à plusieurs personnes ou à des bénéficiaires qui paieraient des droits élevés en succession ordinaire (un tiers, un·e ami·e, un·e filleul·e, par exemple). Plus tôt les primes sont versées, plus elles relèvent du régime favorable.

L'intérêt de continuer à verser après 70 ans

Passer 70 ans ne signifie pas qu'il faille cesser tout versement. D'abord parce qu'un abattement de 30 500 € reste disponible ; ensuite et surtout parce que les gains restent exonérés : un capital versé après 70 ans et laissé fructifier longtemps peut transmettre des intérêts non taxés. La bonne décision dépend de votre âge, de vos bénéficiaires et du reste de votre patrimoine.

Bien rédiger sa clause bénéficiaire

Toute la mécanique repose sur la clause bénéficiaire. Une clause imprécise (« mes héritiers » sans plus de détail) ou non mise à jour après un changement de vie (mariage, PACS, séparation, naissance, décès d'un bénéficiaire) peut faire basculer le capital là où vous ne le souhaitiez pas. Pensez à nommer des bénéficiaires de premier et de second rang, et à relire la clause régulièrement. Ce travail prépare aussi ce que devient l'assurance-vie au moment du décès, côté bénéficiaires.

Les limites à connaître

Les primes manifestement exagérées

L'avantage « hors succession » a une limite : si les primes versées sont manifestement exagérées au regard de l'âge, des revenus et du patrimoine de l'assuré, les héritiers peuvent demander leur réintégration à la succession. Il n'existe pas de seuil chiffré universel : l'appréciation se fait au cas par cas. C'est une zone où l'avis d'un notaire est précieux, notamment pour de gros versements tardifs.

La situation du conjoint et du partenaire de PACS

Le conjoint survivant et le partenaire de PACS bénéficiaires sont, comme en matière de succession, exonérés : ils ne paient ni le prélèvement de l'article 990 I, ni les droits de l'article 757 B sur le capital reçu (service-public.fr : fiscalité de l'assurance-vie au décès). La fiscalité de l'assurance-vie concerne donc surtout les autres bénéficiaires (enfants, fratrie, tiers). Pour le cadre général de protection du conjoint, voir les droits du conjoint survivant.

Assurance-vie et reste de la succession : tout articuler

L'assurance-vie ne vit pas isolée du reste de votre patrimoine. Pour transmettre sereinement, il est utile de la penser en complément des autres outils : donations de votre vivant, démembrement, organisation de la succession. Les abattements de l'assurance-vie (990 I et 757 B) sont distincts des abattements de succession et de donation : ils ne se confondent pas et peuvent se cumuler, chacun selon ses propres règles.

Une stratégie cohérente consiste à articuler les deux logiques. Par exemple, transmettre à ses enfants en profitant des avantages fiscaux des donations d'un côté, et utiliser l'assurance-vie pour gratifier des bénéficiaires qui seraient mal traités par les droits de succession classiques de l'autre. L'ensemble se réfléchit globalement, idéalement avec un professionnel.

Questions fréquentes

Quelle est la différence fiscale entre verser avant ou après 70 ans sur une assurance-vie ?

Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I du CGI). Pour celles versées après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique sur les primes, tous bénéficiaires confondus, les intérêts restant exonérés (article 757 B). Montants 2026 à vérifier sur la source (impots.gouv.fr ; art. 990 I CGI ; art. 757 B CGI).

L'assurance-vie échappe-t-elle vraiment à la succession ?

En grande partie : le capital transmis aux bénéficiaires désignés est en principe hors succession et soumis à une fiscalité propre (990 I ou 757 B selon l'âge des versements), sauf primes manifestement exagérées. Ce n'est donc pas un actif successoral classique (impots.gouv.fr).

À quoi sert l'abattement de 152 500 € ?

Il permet à chaque bénéficiaire désigné de recevoir jusqu'à 152 500 € en franchise de prélèvement, sur les primes versées avant les 70 ans de l'assuré. C'est ce qui rend l'assurance-vie efficace pour transmettre à plusieurs personnes, l'abattement n'étant pas partagé (impots.gouv.fr ; art. 990 I CGI).

Faut-il arrêter de verser après 70 ans ?

Pas nécessairement. Au-delà de l'abattement global de 30 500 € sur les primes, seules les primes sont taxables : les gains restent exonérés, ce qui peut conserver un réel intérêt à continuer. La bonne stratégie dépend de chaque situation (impots.gouv.fr ; art. 757 B CGI).

Préparer sa transmission de son vivant, c'est offrir à ses proches un cadre clair plutôt que des questions au moment le plus difficile. Distinguer ce qui relève de l'avant 70 ans et de l'après n'est pas toujours évident, surtout quand on cumule plusieurs contrats ou plusieurs bénéficiaires. HelloMathilde vous aide, sur WhatsApp et en français, à y voir clair sur les démarches à anticiper et à n'en oublier aucune, en citant toujours la source officielle, jamais un montant inventé, et en gardant trace de votre situation dans un bilan écrit à garder.

Pour aller plus loin

Sources officielles à consulter

Cet article est à titre informatif. HelloMathilde ne remplace ni un notaire, ni un avocat, ni un conseiller fiscal, ni un opérateur funéraire. En cas de doute sur votre situation, consultez un professionnel.