L'essentiel en 3 points
- Les abattements varient selon le lien de parenté : 100 000 € parent-enfant en France, exonération entre époux. Vérifier revenuquebec.ca et canada.ca pour les chiffres exacts.
- Le notaire coûte 1 500 à 8 000 € pour une succession simple (émoluments réglementés). Demander un devis écrit avant de mandater.
- En cas de conflit entre héritiers, tenter la médiation avant le partage judiciaire, qui prend 2 à 5 ans et coûte beaucoup plus cher.
Ce sujet fait partie de notre Guide complet de la succession au Québec 2026, qui couvre les étapes après un décès : démarches, organismes, délais, fiscalité.
Vous avez accompagné votre proche pendant son inaptitude, et aujourd'hui il n'est plus là. Vous vous demandez ce qui change pour vous, ce que vous avez encore le droit de faire, ce que vous devez transmettre. C'est une question juste, et beaucoup de proches se la posent sans oser la formuler.
Au Québec, le mandat de protection prend fin au décès du mandant. Je vais vous expliquer simplement ce que cela veut dire concrètement : ce qui s'arrête, ce qui commence, et comment passer le relais au liquidateur sans faux pas. Pas à pas, dans l'ordre.
Le mandat de protection, en quelques mots
Le mandat de protection, autrefois appelé mandat en cas d'inaptitude, est rédigé par une personne encore en pleine capacité, en prévision d'une éventuelle inaptitude future. Il :
- Désigne un ou plusieurs mandataires
- Précise les pouvoirs : aux biens, à la personne, ou les deux
- Doit être homologué par le tribunal pour entrer en vigueur, une fois l'inaptitude constatée
Le Curateur public du Québec peut aussi intervenir si le mandat est inadéquat, ou si aucun mandat n'a été rédigé.
Pour les règles précises, vous pouvez consulter curateur.gouv.qc.ca et educaloi.qc.ca.
Ce que le décès change pour vous
Au décès du mandant, le mandat de protection prend fin automatiquement. Concrètement :
- Vous n'avez plus le pouvoir d'agir au nom de votre proche
- Toute opération faite après le décès en son nom est en principe annulable
- La gestion bascule vers le liquidateur de la succession
Cela ne veut pas dire que votre rôle s'arrête net. Vous restez tenu de :
- Informer rapidement le notaire ou le liquidateur du décès
- Rendre compte de votre gestion au liquidateur ou aux héritiers
- Transmettre les documents et les accès liés à la gestion : relevés bancaires, mots de passe administratifs, dossiers médicaux pour les frais déjà engagés
- Présenter vos comptes au tribunal et au Curateur public selon les règles applicables
Passer le relais à la succession
Le passage du mandat à la succession se fait en plusieurs étapes :
- Informer rapidement le notaire ou le liquidateur
- Rendre vos comptes : présenter en détail la gestion menée pendant l'inaptitude
- Transmettre les documents au liquidateur
- Désigner ou activer le liquidateur, selon le testament ou par les héritiers
- Le liquidateur prend la suite : inventaire, paiement des dettes, déclarations fiscales, partage
Cette transition peut se compliquer dans certains cas :
- Le mandataire et le liquidateur ne sont pas la même personne, ce qui ouvre la porte aux tensions
- Le mandataire avait engagé des frais ou pris des décisions que d'autres contestent
- La gestion n'a pas été documentée avec rigueur
Dans ces situations, l'accompagnement d'un notaire aide beaucoup à fluidifier le passage de relais.
Quelques situations particulières
Vous êtes à la fois mandataire et liquidateur. C'est fréquent, souvent un conjoint ou un enfant. La transition est plus simple, mais la reddition de comptes reste obligatoire.
Le mandataire et le liquidateur sont deux personnes différentes. C'est plus délicat. Le mandataire doit transmettre les documents et les informations au liquidateur. Des conflits peuvent surgir si le mandataire conteste le choix du défunt ou la nomination du liquidateur.
Aucun mandat de protection n'avait été rédigé. En cas d'inaptitude sans mandat, c'est le Curateur public du Québec ou un tuteur désigné par le tribunal qui agit. Au décès, la transition vers le liquidateur suit les mêmes règles.
Des frais avaient été engagés avant le décès. Les factures impayées au moment du décès deviennent des dettes de la succession, réglées par le liquidateur sur l'actif.
Des donations avaient été consenties pendant le mandat. Le mandataire ne peut pas faire de donations importantes sans autorisation du tribunal pendant l'inaptitude. Les donations non autorisées peuvent être contestées.
Vous êtes en désaccord avec les héritiers. Le tribunal peut être saisi pour trancher, et le Curateur public peut également intervenir.
Vos obligations une fois le décès survenu
En tant qu'ancien mandataire, vous devez :
- Cesser immédiatement toute opération au nom du défunt
- Notifier le décès à la banque, aux fournisseurs, aux organismes
- Rassembler la documentation : relevés bancaires, factures, justificatifs des opérations menées
- Rendre compte au liquidateur et, si nécessaire, au tribunal et au Curateur public
- Restituer les biens ou documents qui ne vous appartenaient pas personnellement
- Transmettre les accès numériques, codes et mots de passe liés à la gestion administrative
Votre responsabilité civile peut être engagée en cas de mauvaise gestion ou de défaut de reddition de comptes. Ce n'est pas dit pour vous inquiéter, mais pour vous rappeler que la rigueur, ici, vous protège.
Les pièges à éviter
- Continuer à utiliser la procuration ou les accès du défunt après le décès : les opérations sont annulables, et votre responsabilité personnelle est en jeu
- Vider le compte du défunt avant la transition au liquidateur : ce geste est qualifié de mauvaise foi
- Ne pas conserver les justificatifs des opérations menées : sans eux, rendre compte ensuite devient très difficile
- Tarder à informer le notaire ou le liquidateur : cela prolonge la confusion patrimoniale
Questions fréquentes
Le mandataire devient-il automatiquement liquidateur au décès
Non. Ce sont deux fonctions distinctes. Le mandataire peut être désigné liquidateur par le testament, ou non. Au décès, le mandat prend fin et le liquidateur prend la suite.
Le mandataire est-il rémunéré
Le mandat peut prévoir une rémunération. À défaut, le tribunal peut en accorder une, raisonnable. Le mandataire doit présenter ses comptes au liquidateur ou au tribunal selon les règles.
Que devient une opération en cours au moment du décès
Le mandataire ne peut plus en signer de nouvelle. Les opérations engagées avant le décès doivent être finalisées par le liquidateur ou la banque, selon les cas.
Le Curateur public peut-il intervenir
Oui, si la gestion du mandat est contestée, si le mandataire est défaillant, ou si la transition vers la succession se complique. Vous pouvez consulter curateur.gouv.qc.ca.
Pour aller plus loin
- Liquidateur de succession au Québec : rôle, désignation, responsabilités
- Que faire après le décès d'un proche au Québec : par où commencer ?
- Décès d'une personne seule sans famille au Québec : qui s'occupe de tout ?
- Planifier sa succession au Québec : testament, fiducie et conjoint de fait
- Mandat de protection (ex-mandat d'inaptitude) au Québec : comment le préparer
- Succession au Québec : le guide complet 2026 (liquidateur, testament, fiscalité)
- Délais du liquidateur de succession au Québec : le calendrier complet, étape par étape
Sources officielles à consulter
- quebec.ca · portail officiel du gouvernement du Québec
- revenuquebec.ca · succession, déclarations et biens non réclamés
- retraitequebec.gouv.qc.ca · prestation de décès et rente de conjoint survivant (RRQ)
- cnq.org · Chambre des notaires du Québec, recherche testamentaire