Ce sujet fait partie de notre Guide complet pour traverser un deuil, mots, rituels, corps, mémoire, anniversaires. À votre rythme.
L'essentiel en 3 points
- Ne rien détruire dans les 6 premiers mois. Le tri se fait dans la durée, par petites séances. Numériser plutôt que jeter, la copie digitale prend zéro place.
- Récupérer les photos du téléphone du défunt vite (le code de déverrouillage peut être perdu à jamais). Au moins 2 sauvegardes sur 2 supports différents.
- La boîte mémoire (photos + lettres + petit objet) est un rituel répandu : fermée la plupart du temps, ouverte aux dates-anniversaires. Structure le souvenir sans l'imposer.
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Vous avez son visage partout autour de vous, et vous ne savez pas quoi en faire. Tout garder, tout ranger, en afficher une, tout effacer pour ne plus avoir mal en passant devant. Cette hésitation, beaucoup d'endeuillés la connaissent, et elle n'a rien d'anormal. Il n'y a pas de bonne réponse universelle : ce qui apaise une personne peut blesser celle d'à côté. Voici ce que font les gens en deuil avec les photos de leur proche, et ce que les psychologues observent sur ce regard posé sur une image, après la perte.
Ce que disent les psychologues du regard sur les photos en deuil
Les recherches en psychologie du deuil, notamment celles de Christophe Fauré et de Marie de Hennezel, se rejoignent sur quelques constats simples.
- Au début, une photo de l'être aimé peut faire pleurer, puis, avec le temps, elle apaise. Quand quelqu'un fuit complètement les photos sans jamais pouvoir les regarder, c'est souvent le signe d'un deuil bloqué : la personne n'arrive pas encore à regarder la perte en face.
- L'image fixe aide à retenir le visage. Sans photos, les traits s'estompent peu à peu, et cette peur d'oublier le visage est l'une des angoisses qui revient le plus chez les personnes en deuil.
- Les rituels autour des photos (un autel souvenir, un cadre dans la chambre, un album qu'on feuillette) accompagnent souvent une traversée plus apaisée. À l'inverse, tout vouloir cacher peut nourrir la peur de l'oubli.
- Le bon rythme est le vôtre. Certains ont besoin de revoir les photos tout de suite, d'autres ont besoin de plusieurs mois avant de pouvoir les ouvrir. Les deux sont normaux. Il n'existe pas de "bonne" durée.
Conservation physique : les photos papier
Trier sans tout détruire
Ce que beaucoup d'endeuillés racontent, c'est le regret d'avoir trop jeté, trop vite, dans les tout premiers mois. Quelques repères pour vous protéger de ce regret :
- Ne rien détruire pendant les 6 premiers mois, le temps de laisser passer le choc.
- Trier dans la durée, par petites séances de 30 minutes plutôt que des après-midi entières, pour ne pas vous laisser submerger.
- Garder au moins une photo par grande période de sa vie : enfance, jeunesse, vie adulte, vie tardive.
- Numériser quand vous hésitez à jeter, la copie digitale ne prend aucune place et vous laisse le choix pour plus tard.
Mise en valeur : albums vs cadres
| Format | Avantage | Limite |
|---|---|---|
| Album photo | Intime, à feuilleter quand on en a envie | Reste rangé, on peut "oublier" |
| Cadre dans la chambre | Présence quotidienne, rassurante | Peut être trop dur dans les premiers mois |
| Boîte mémoire | Garde aussi des objets associés (lettres, bijoux, mèche de cheveux) | Demande un travail de tri |
| Tirage grand format | Pour la pièce principale, type "tableau" | Peut peser sur les autres membres du foyer |
La boîte mémoire : un rituel répandu
Beaucoup de familles rassemblent une boîte mémoire consacrée à leur proche : quelques photos choisies, des lettres, un parfum, un petit objet, parfois une mèche de cheveux. La boîte reste fermée la plupart du temps, et on l'ouvre les jours-anniversaires, ou simplement les jours où le manque appelle. C'est un rituel qui donne une place au souvenir sans qu'il soit là, exposé, en permanence.
Conservation numérique : héritage et sauvegarde
Le risque qu'on oublie : les photos numériques disparaissent vite
- Un téléphone perdu, cassé ou volé, et ce sont des centaines de photos qui partent avec.
- Un cloud impayé, et les comptes finissent supprimés au bout de quelques mois.
- Des mots de passe inconnus, et les photos restent là, mais inaccessibles pour les proches.
Bonnes pratiques de sauvegarde
- Récupérez les photos sur son téléphone dès que vous le pouvez : sans le code de déverrouillage, elles peuvent devenir inaccessibles à jamais.
- Faites au moins 2 copies sur 2 supports différents (un disque dur et un cloud, ou deux disques durs).
- Tirez sur papier une sélection des plus précieuses : le papier survit aux pannes.
- Centralisez les photos venant de plusieurs proches dans un même endroit partagé (Google Photos, un iCloud familial, ou un disque dur dédié).
Récupérer un compte Google, Apple, Facebook après le décès
- Google : un outil "Personne décédée" permet de demander l'accès aux données (un acte de décès est requis).
- Apple iCloud : il faut une demande judiciaire, ou un héritier numérique que la personne avait désigné de son vivant.
- Facebook et Instagram : le compte peut être mémorialisé (il reste visible mais figé) ou supprimé, par une démarche en ligne.
- À connaître aussi : la Loi pour une République numérique de 2016, qui reconnaît à chacun le droit de décider du sort de ses données après sa mort.
Partager les photos avec les autres proches
C'est souvent le moment le plus délicat. Une même photo ne compte pas pareil selon le lien qu'on avait avec la personne.
Avec les enfants (mineurs)
- Laisser des photos visibles dans la maison aide souvent les enfants à parler de leur proche.
- Un cadre dans leur chambre peut être proposé, jamais imposé.
- Les enfants redemandent souvent à voir des photos plusieurs années après. Préparer dès maintenant un album à leur usage est un cadeau précieux pour eux.
Avec les autres membres de la famille
- Faites des copies d'une sélection pour les frères et sœurs, les parents, les cousins.
- Tirez en plusieurs exemplaires quelques photos clés : un mariage, une fête de famille, la dernière photo où vous étiez tous ensemble.
- N'attendez pas qu'on vous le demande. Les autres aussi ont besoin de ces images, ils n'osent souvent pas le dire.
Avec les amis
- Une sélection plus resserrée, une à trois photos, accompagnée d'un mot personnel.
- C'est presque toujours très touchant pour eux : les amis ont rarement les mêmes archives que la famille.
Que faire de son profil sur les réseaux sociaux ?
Le profil Facebook, Instagram ou LinkedIn de votre proche devient souvent un lieu où les autres viennent écrire, parfois pendant des années.
Trois options
- Mémorialiser (sur Facebook et Instagram) : le compte reste visible, son mur devient une sorte de livre d'or, et plus personne ne peut s'y connecter.
- Supprimer : tout disparaît, y compris les messages publics que d'autres ont laissés.
- Garder le compte actif, si quelqu'un a le mot de passe. C'est déconseillé sur le plan légal (cela touche à l'identité numérique de la personne), même si cela arrive souvent dans les faits.
Avant de décider
- Demandez aux autres proches ce qu'ils ressentent. Certains viennent écrire régulièrement sur le mur, ce lieu compte pour eux.
- Sauvegardez le contenu avant toute suppression (Facebook propose un export complet).
- Laissez le temps faire : aucune décision dans les 6 premiers mois.
Rituels du souvenir avec les photos
Petits rituels qui apaisent souvent
- Un autel souvenir dans un coin de la maison : une photo, une bougie, un petit objet.
- Une lettre annuelle à glisser dans la boîte mémoire à chaque anniversaire.
- Un album à compléter au fil du temps, avec les nouvelles photos de famille et un mot du type "il aurait aimé voir ça".
- Une photo en fond d'écran sur le téléphone, qu'on change selon les jours.
- Un souvenir partagé : revoir ensemble, avec un proche, une vidéo ou une photo.
Rituels collectifs (famille, amis)
- Un diaporama le jour de sa naissance ou de son décès.
- Un repas du souvenir, avec sa photo posée à table.
- La lecture d'extraits d'un journal ou de lettres reçues.
- Une promenade sur les lieux qu'il aimait.
Quand voir les photos devient trop dur
C'est très fréquent dans les premiers mois, surtout pour les conjoints, ou pour les parents qui ont perdu un enfant. Si c'est votre cas, sachez d'abord qu'il n'y a rien d'anormal à fuir un peu les images pour l'instant. Quelques pistes douces :
- Rangez pour un temps les photos les plus exposées, dans la chambre ou sur le bureau. Vous les rangez, vous ne les détruisez pas.
- Ne laissez qu'une seule photo visible plutôt que beaucoup, pour ne pas saturer le regard.
- Choisissez un endroit dédié, un tiroir, une boîte, pour les photos que vous ne voulez pas croiser tous les jours mais que vous voulez savoir là, à portée.
- Revenez-y progressivement, accompagné d'un proche ou d'un psy si vous le pouvez.
- Acceptez le délai. Rien ne vous oblige à "tout supporter" tout de suite.
Questions fréquentes
Faut-il trier les photos tout de suite après le décès ?
Non, et c'est même ce que la plupart des endeuillés regrettent quand ils l'ont fait : avoir trop jeté, trop vite. Mieux vaut ne rien détruire pendant les 6 premiers mois, laisser passer le choc, puis trier dans la durée, par petites séances de 30 minutes. En cas de doute, numérisez plutôt que de jeter : la copie ne prend aucune place et vous garde le choix.
Comment récupérer les photos sur le téléphone de mon proche ?
Faites-le dès que possible, tant que le téléphone est accessible : sans le code de déverrouillage, ces photos peuvent devenir inaccessibles à jamais. Une fois récupérées, gardez-en au moins 2 copies sur 2 supports différents, par exemple un disque dur et un cloud, et tirez les plus importantes sur papier.
Peut-on récupérer le compte Google ou Apple d'une personne décédée ?
Oui, par des démarches officielles. Google propose un outil "Personne décédée" qui permet de demander l'accès aux données, avec un acte de décès. Pour Apple iCloud, il faut une demande judiciaire ou un héritier numérique désigné par la personne de son vivant. La Loi pour une République numérique de 2016 reconnaît d'ailleurs à chacun le droit de décider du sort de ses données après sa mort.
Que faire du profil Facebook ou Instagram de mon proche ?
Trois choix s'offrent à vous : le mémorialiser, le compte reste alors visible mais figé, son mur devenant une sorte de livre d'or ; le supprimer, et tout disparaît, y compris les messages laissés par d'autres ; ou le garder actif si quelqu'un a le mot de passe, ce qui est déconseillé sur le plan légal. Avant de trancher, demandez aux autres proches ce qu'ils ressentent, sauvegardez le contenu, et ne décidez rien dans les 6 premiers mois.
Voir aussi notre guide tenir un journal de deuil, pour accompagner ce travail du regard sur les images, dans la durée.
Pour aller plus loin
- Comment tenir un journal de deuil : méthodes et bénéfices
- Bijoux de deuil : tradition et alternatives modernes 2026
- Toussaint : rituels familiaux et nouvelles traditions du deuil
- Sortir manger au restaurant après un deuil : témoignages
- Traverser le deuil : le guide complet (mots, rituels, corps, mémoire)
Sources officielles à consulter
- service-public.gouv.fr · portail officiel de l'administration française
- impots.gouv.fr · déclaration de succession, droits de succession, revenus du défunt
- ameli.fr · capital décès Sécurité sociale et droits des ayants droit
- info-retraite.fr · pension de réversion, tous régimes
- adsn.notaires.fr · fichier central des dispositions de dernières volontés